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Une communauté à défendre

Zebelio Kayap Jempekit, chef d’un village de la communauté Awajun

Zebelio Kayap Jempekit est à l’origine de la création de l’organisation indigène de développement des communautés frontalières du Cenepa : l'ODECOFROC.

Pourquoi l’ODECOFROC ?

La communauté Awajun vit sur ces terres depuis des centaines d’années, bien avant la naissance de la république péruvienne. Nous avons toujours vécu en harmonie avec la forêt environnante et le fleuve. Nos ancêtres, même s’ils ne sont jamais allés à l’université, n’ont jamais pollué l’eau ni déboisé. Face aux nouvelles menaces sur notre territoire et notre identité, nous avons créé l’ODECOFROC en 1995 pour préserver notre territoire et nos ressources.
En 2007, nous avons obtenu des autorités péruviennes la reconnaissance du parc national Ichigkat Muja (Cordillère du Condor). Et en 2009, nous avons demandé l’appui d’AVSF pour consolider nos activités de pêche, de pisciculture et d’élevage ainsi que pour produire un cacao aromatique à partir de variétés natives et le commercialiser sur des marchés reconnaissant sa valeur.

Pouvez-vous nous parler du projet cacao ?

La culture du cacao a débuté dans les années 2000. C’était difficile, personne ne voulait se lancer… Il n’y avait pas d’acheteur, et beaucoup de maladies dans les plantations. Alors AVSF nous a aidé avec des formations techniques pour entretenir des parcelles et pour trouver des acheteurs.
Aujourd’hui nous cultivons plus de 300 hectares de cacao et nous le vendons en direct à la coopérative de petits producteurs Norandino. Du coup, nous avons accès à un marché certifié Bio et Equitable et donc à des prix plus justes. En plus, nous avons la chance d’avoir des arbres d’une variété native de cacao datant des années 70, relativement rare et prisée.

Et la pisciculture ?

Les activités minières et pétrolières au cœur de notre forêt ont contaminé le fleuve Cenepa et nous ne pêchons plus assez de poissons. AVSF nous a aidé à creuser des marres pour élever des poissons, et à former des femmes et des jeunes à l’élevage des alevins. Aujourd’hui la pisciculture nourrit une centaine de familles.

Et où en êtes-vous avec les mines et les pétroliers ?

Finalement, la moitié de la superficie du parc initial a été cédée aux compagnies minières et pétrolières, en concession. Ils polluent le fleuve Cenepa et ses affluents de produits chimiques et de métaux lourds (arsenic, mercure ou plomb). A titre d’exemple, une seule entreprise pétrolière a été autorisée à rejeter par jour 54 000 litres de boues de forage toxiques dans le fleuve ! Avec plusieurs communautés, nous avons déposé des recours devant la cour constitutionnelle péruvienne. Un premier pour faire reconnaître le parc dans sa totalité, et un autre pour l’absence de consultation des peuples natifs avant délivrance du permis d’exploration et production du Bloc 116 du parc. Nous avons aussi manifesté contre la spoliation de nos terres en bloquant la seule route qui accède à la zone. Malgré un processus de négociation entamé avec les autorités péruviennes, l’ordre avait été donné à la police et aux militaires d’évacuer par la force cette route, provoquant des morts de chaque côté.

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