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Irrigation paysanne dans le Nord de l'Equateur

Consolider les performances économiques de 435 familles paysannes dans les Andes centrales d'Equateur, par la réhabilitation d'un système d'irrigation traditionnel et le renforcement de l'association d'irrigants

En partenariat avec l'Association des Usagers du Canal Grande o de Caciques, l'Institut de recherches pour le Développement, la Commission Européenne et le Ministère français des affaires etrangères

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Situé entre 2300 et 2800 m d'altitude sur les contreforts du massif de Piñan, dans le nord des Andes équatoriennes, le canton d'Urcuquí reste rural : la grande majorité de ses habitants, sont de petits paysans métisses et indiens qui vivent principalement de l’agriculture. Une étude menée par l’Institut de Recherche et Développement dans les années 90, démontre que la longue tradition d’irrigation dans ce canton s’est forgée sur de très fortes disparités et inégalités quant à l’accès et la distribution de cette ressource. 80 % des ressources hydriques utilisées pour l’irrigation sont entre les mains de moins de 20 % de la population : des "haciendas" ou grandes propriétés. L’étude menée par l’IRD sur l'unique système irrigué paysan, le Canal Grande o de Caciques, montre également qu’en son sein, l’iniquité des droits d’accès à l’eau entre droits de Caciques (dont disposent les descendants des fondateurs du canal en 1582) et droits communs conduise à une distribution entre les 435 usagers non seulement questionnée socialement mais surtout inadaptée aux besoins des cultures, dans un système de production alors en pleine évolution et fortement intégré au marché (maïs, haricot et fruits).

En alliance avec l'IRD, le CICDA, devenu AVSF, démarre en 1994 une coopération pour la "réhabilitation des systèmes irrigués d'Urcuquí et San Blas" (projet RIEGUS), en adoptant une approche centrale : la "gestion sociale de l'eau". L’objectif est de réorganiser de manière consensuelle la distribution de l'eau entre secteurs et usagers, alors très conflictuelle pour arriver à augmenter la fréquence d'irrigation à quinze jours avec des débits adaptés aux besoins des cultures. A partir de 1998 jusqu'en 2004, AVSF met en œuvre des actions complémentaires d'appui à la production irriguée, en particulier des essais avec les familles paysannes de diversification des cultures.

Plus de 17 années après le démarrage, et 10 ans après le retrait d’AVSF de la zone, les infrastructures construites (réhabilitation de la prise principal, désensableur, canaux, nombreux ouvrages de répartition, poses de martelières) sont toujours opérationnelles : les ouvrages sont tous en bon état et régulièrement entretenus par l'association d'irrigants (peinture des martelières, graissage). L’organisation du nouveau tour d’eau de 15 jours est toujours respectée, l'association d'irrigants est toujours en place et collecte des apports des usagers pour pouvoir entretenir et améliorer régulièrement le système d’irrigation. Le tarif du droit d'eau est régulièrement augmenté pour un budget de fonctionnement et d'entretien équilibré. L’application par les usagers d’une nouvelle répartition de l’eau d’irrigation, aujourd'hui toujours en fonctionnement, a non seulement permis d’éliminer le principal facteur limitant la production – avec augmentation mesurée des rendements des cultures traditionnelles et introduction de nouvelles cultures à haute valeur ajoutée : tomates d'arbres, avocatiers, piment – mais a surtout permis une re-homogénéisation des droits d’irrigation et donc de l’accès à l’eau entre les usagers du système. Avec en moyenne 0,75 ha irrigué par bénéficiaire, la production additionnelle en valeur nette est estimée à 1200 USD par an pour chaque famille bénéficiaire.

Les stratégies et méthodologies utilisées ont par ailleurs été capitalisées et ont donné lieu à une large diffusion en Equateur auprès d'autres acteurs publics et privés travaillant le thème de la gestion de l'eau d'irrigation. Elles ont contribué à créer école en Équateur dans les ONG nationales (CESA, IEDECA) et les entités publiques sur ces approches de "gestion sociale de l'eau" et à la revalorisation de l'irrigation paysanne.

Ce projet a reçu le soutien financier de la Commission Européenne, du Ministère Français des Affaires Etrangères et du Fond Equatorien-Canadien de Développement.


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