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L’agriculture bio est la meilleure solution pour nourrir l'humanité

Jacques CAPLAT, Agronome et auteur de "L'agriculture biologique pour nourrir l'humanité"

Quelles sont les complémentarités entre l’agroécologie et l’agriculture Bio ?

Si nous considérons le sens que M. ALTIERI ou Pierre RABHI donnent à l’agroécologie, il est alors pratique­ment synonyme d’agriculture biolo­gique. En effet, la bio n’est pas simple­ment une agriculture "sans produits chimiques de synthèse". Elle a clairement été définie dès les années 1930-1940 comme une agriculture qui considère les humains, l’écosystème naturel, et l’agrosystème cultivé et élevé, comme formant un organisme complexe. Elle vise à inscrire l’agriculture dans les cycles naturels et donner aux sociétés agri­coles les moyens de leur autonomie technique et économique.

L’agroécologie est donc une refor­mulation des fondements de l’agri­culture biologique, elle peut être considérée comme un renforce­ment de l’agriculture bio originelle (par opposition à une agriculture bio industrielle, encouragée parfois par les multinationales ou des règlementations trop légères), en particulier dans le cadre des paysan­neries tropicales.


Dans le contexte actuel, pourquoi selon vous l’agriculture Bio est une nécessité ?

Les dégâts environnementaux et sanitaires de l’agriculture conven­tionnelle ne sont plus à présenter. Ses dégâts sociaux sont également dramatiques : les monocultures sur­mécanisées conduisent à l’acca­parement des terres par de grands domaines et à un chômage de masse. Les 12 millions de Brésiliens qui souffrent de la faim sont presque tous d’anciens salariés agricoles poussés au chômage par la surmécanisation des domaines exportateurs de soja et d’agrocarburants.

Mais les prétendus bénéfices de l’agriculture conventionnelle sont une imposture. La chimie ne permet pas les meilleurs rendements à l’hectare et ne pourra pas nourrir le monde ! En effet, les monocultures chimiques obtiennent de moins bons rendements que les cultures associées. Surtout, les monocultures convention­nelles ne fonctionnent que dans des milieux tempérés - or les 3/4 de l’agriculture mondiale se situent dans des régions non-tempérées. Dans ces conditions, l’agriculture conventionnelle est irrégulière, ineffi­cace et conduit à l’endettement.


Pourquoi refuse-t-on l’idée que l’on pourrait nourrir la planète avec l’agriculture bio ?

À cause des malentendus qui per­sistent sur ce mode de production. De nombreux agronomes confondent "agriculture biologique" et "agricul­ture conventionnelle sans produits chimiques de synthèse". Ils constatent que lorsque l’on supprime la chimie dans des systèmes conven­tionnels, les rendements baissent. Mais cela n’est pas l’agriculture bio­logique !

Un agriculteur qui emploie des varié­tés sélectionnées pour être soutenues par la chimie, qui n’a plus de haies, qui cultive ses végétaux en monocul­ture de clones... ne peut évidemment pas obtenir de bons rendements sans des béquilles chimiques.

Développer l’agriculture biologique impose de reconstituer des écosys­tèmes agricoles et de valoriser les savoirs paysans. C’est bien l’intensification des cultures associées qui permet d’atteindre les meilleurs rendements par hectare. Cette intensification ne peut pas utiliser la chimie, car les engrais détruisent la vie du sol et les pes­ticides déstabilisent l’agroécosys­tème ; mais les plantes diverses se protègent mutuellement, et l’asso­ciation cultures-élevage ou l’imbri­cation d’arbres au milieu des cultures permettent d’assurer la fertilité à long terme.

Quelques études de grande ampleur ont étudié les conséquences d’une généralisation de l’agriculture bio à toute la planète : elles concluent toutes que les rendements baisseraient légèrement en Europe et en Amérique du Nord mais augmenteraient très fortement dans le reste du monde... et que le bilan global serait très large­ment positif.

L’agriculture bio est la meilleure tech­nique pour nourrir une humanité à 9 ou 12 milliards.

Propos recueillis par Gaëtan DELMAR