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Soutenir l'élevage familiale : témoignage d'Hervé Petit

Hervé Petit est vétérinaire et Directeur Technique Adjoint du programme Élevage Santé Animale et santé Publique vétérinaire (ESAP) à AVSF, qui vise à soutenir les petits éleveurs.

Au sein d’AVSF, quel type d’actions mettez-vous en place pour soutenir l’élevage familiale ?

AVSF poursuit trois objectifs principaux et complémentaires dans les pays de coopération. D’abord, l’amélioration des techniques d’élevage, en matière d’alimentation, d’habitat, de reproduction, ou de conduite d’élevage, etc. en vue d’augmenter la productivité, assurant ainsi la sécurité alimentaire des familles, la génération de revenus supplémentaires, ainsi qu’une contribution à la souveraineté alimentaire locale et nationale. Ensuite, il s’agit de renforcer ou mettre en place des services de santé animale de proximité en formant des auxiliaires de santé animale, des paysans ou des paysannes formées qui prodiguent des soins vétérinaires de base. Leur présence permet d’améliorer l’état sanitaire des troupeaux des zones isolées, moins impactés par les maladies, ainsi que la qualité des denrées alimentaires d’origine animale. En dernier lieu, AVSF appuie les États dans la structuration des services vétérinaires centraux et déconcentrés pour mieux maîtriser les maladies animales à l’échelle du pays. Ainsi, l’élevage contribue à l’économie nationale, tout en préservant la santé publique.

Quelles sont les autres actions d’AVSF en matière de santé animale ?

Nous travaillons également de sur différentes thématiques d’importance grandissante au cours des dernières décennies, telles que le bien le bien-être des animaux d’élevage, la protection de la biodiversité animale, aussi bien domestique que sauvage, le concept « One Health » ou une seule santé, qui vise à lutter contre les zoonoses (ces maladies qui se transmettent de l’animal à l’être humain) ou encore à la sauvegarde et la valorisation des savoirs traditionnels dits ethno-vétérinaires.

La Mongolie est un pays de coopération historique. Dans quel contexte AVSF est-elle intervenue ?

Depuis la sortie du communisme, les nomades mongols éprouvent de grandes difficultés pour valoriser leurs productions et continuer à vivre de l’élevage. Cette conjoncture, aggravée par le climat très rude du pays et les effets du changement climatique, met en péril les fondements mêmes de la culture et du mode de vie nomade, pourtant les mieux adaptés à la valorisation de ce milieu difficile. C’est donc dans l’objectif de préserver cet héritage qu’AVSF intervient en soutien à ces populations.

Dans ces conditions, comment pérenniser durablement l’élevage nomade mongol ?

Il y a trois principaux enjeux qui peuvent maintenir et augmenter le niveau de vie des éleveurs. D’abord, il faut améliorer la gestion des différentes composantes de l’activité d’élevage, des troupeaux d’une part, leur taille, leur composition, les qualités sanitaires et zootechniques, et d’autres part, les ressources naturelles indispensables à leur subsistance, tels que les pâturages ou l’accès à l’eau. Il faut ensuite mieux valoriser la production, de fibre de yack ou de viande, à l’aide de débouchés nouveaux et/ou plus rémunérateurs et mettre en place des filières solides. Enfin, il faut appuyer les éleveurs dans leur structuration et leur représentation au sein de la société mongole, afin qu’ils prennent part à l’élaboration de la politique d’élevage nationale.

Quelles actions AVSF conduit-elle en vue d’atteindre cet objectif ?

Nous organisons des sessions de formation et de sensibilisation aux différents enjeux mentionnés précédemment. Cela permet de fournir un appui technique fort à certaines activités innovantes génératrices de revenus (fibre de yack peignée, maraichage, etc.) et des actions concrètes d’amélioration de la sante du cheptel, telles que l’assainissement de la brucellose sur une zone pilote et l’introduction de reproducteurs sélectionnés. AVSF appuie également les organisations d’éleveurs partenaires dans la recherche d’un fonctionnement autonome et démocratique. Nous souhaitons que ces organisations disposent d’une capacité d’incidence auprès des autorités tant locales que nationales.

Justement, pouvez-vous nous parler des actions visant à maîtriser la brucellose ?

En 2012, AVSF a lancé dans la province de l’Arkhangai un programme pilote de maîtrise de la brucellose à l’échelle d’un district, en complément des mesures prises par l’État mongol à l’échelle nationale. Cette maladie contagieuse présente un impact majeur, tant en termes d’économie de l’élevage, puisqu’il aboutit à l’avortement des femelles contaminées donc un manque à gagner pour l’éleveur, que de santé publique, puisqu’il s’agit d’une zoonose affectant une part importante de la population rurale, avec 25,7% de personnes infectées au sein des populations à risque en 2006.

Avec 13,7% de taureaux et 9% de cheptels infectés en 2006, l’Arkhangai figure parmi les provinces les plus touchées par la brucellose. Les résultats du programme ont mis en évidence une protection de 85% des femelles domestiques par la vaccination réglementaire en 2012 et des taux de prévalence respectifs de 0%, 0,2% et 8,7% chez les boucs, béliers et taureaux reproducteurs en 2016. Enfin, avec la collaboration des services de santé provinciaux, AVSF a intégré à ce programme un volet de formation des éleveurs aux risques de la brucellose pour la santé humaine. Sur 146 personnes dépistées volontairement, 49 se sont révélées atteintes et ont bénéficié d’une facilitation de l’accès aux soins.


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