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Non, le "business" du commerce équitable n'est pas sans foi, ni loi !

Une réaction au reportage réalisé par Donatien Lemaître et diffusé sur ARTE le 15 juillet 2014

Non, le "business" du commerce équitable n'est pas sans foi, ni loi ! Image principale

Le commerce équitable enrichirait-il de grands propriétaires confortablement installés dans des maisons de luxe sur des plantations où trimeraient des travailleurs exploités, mal logés, mal payés et sans contrats ? Enrichirait-il des multinationales bien peu soucieuses des droits de leurs travailleurs sur leurs plantations ? Ne serait-t-il devenu qu'un "business" comme un autre, sans foi ni loi ? Parce que depuis 35 ans, nous avons accompagné plus de 90 organisations paysannes du Sud pour la commercialisation de leurs produits et sur les filières du commerce équitable, nous sommes bien placés pour témoigner des impacts réels du commerce équitable. Or ils sont bien loin de ceux que nous donne à découvrir Donatien Lemaître dans son reportage !

De nombreuses études indépendantes ont montré que le commerce équitable constitue un formidable outil de renforcement des capacités des organisations paysannes des pays du Sud. Et c'est bien pour cela qu'il a été créé ! Oui, l’accès à des marchés plus rémunérateurs, biologiques, gourmets, d’origine ou même conventionnels leur permet de mieux rétribuer les paysans, hommes et femmes, et d'améliorer leurs conditions de vie. Ces organisations sont venues rompre des situations de monopoles d'acheteurs tout puissants au bénéfice de toutes les familles paysannes de leurs zones d’influence. Elles ont rendu visibles et légitimes sur leur territoire des familles paysannes, historiquement marginalisées et exclues des espaces de prise de décision.

Oui, le reportage de Donatien Lemaitre pose pourtant une question fondamentale qu'AVSF pose depuis longtemps aux labels : quelle place laisser aux plantations qui salarient des travailleurs au profit d'entrepreneurs privés, de même qu'aux multinationales de l'agroalimentaire qui rentrent en concurrence avec les organisations paysannes en totale contradiction avec les fondamentaux du commerce équitable ? Comme dans toute démarche innovante qui bouscule les intérêts économiques de certains, il existe donc des risques mais aussi des marges de progrès pour consolider un commerce équitable exempt de toute critique.

Mais en passant sous silence l'impact positif du commerce équitable sur les organisations paysannes (85% des producteurs concernés),  ce traitement journalistique "à charge" et sensationnaliste - auquel ne nous a pas habitué ARTE – contribue non pas à élever le débat pour consolider le commerce équitable que nous souhaitons tous, mais bien plus à jeter un total  discrédit sur cette démarche pour laquelle nombreux sont ceux qui comme  nous, se sont battus et continuent à le faire. Le "business" du commerce équitable se développe ; faut-il le dénoncer ou encore y croire en restant très exigeants et vigilants ? Nous optons résolument pour la 2nde option.

Lire notre positionnement complet sur le commerce équitable

Lire notre tribune "20 ans après, le commerce équitable sert-il encore à quelque chose ?"