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Les circuits courts génèrent 2 fois plus d’emplois que les circuits longs

Pascal AUBREE, spécialiste des circuits courts au CIVAM-Bretagne (Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural)

Quels sont les effets observés des expériences de circuits courts en Bretagne ?

En France, les pratiques de vente en circuits courts concernent près d’un agriculteur sur 5 (données Recensement Agricole 2010). En revanche, en Bretagne, par l’histoire de l’agriculture et le poids relativement lourd de l’agriculture industrielle, les circuits courts impliquent environ un agriculteur sur 10. Nous pouvons toutefois observer une demande de plus en plus importante de la part des consommateurs en faveurs de produits locaux et produits frais. Selon les résultats de l’étude SALT* pilotée par la FRCIVAM Bretagne, les circuits courts permettent de concentrer d’avantage de valeur ajoutée à l’échelle des exploitations et de générer d’avantage d’emplois directs et non délocalisables. Pour un chiffre d’affaires donné, les circuits courts génèrent en moyenne 2 fois plus d’emplois directs que les circuits longs.

Par ailleurs, les circuits courts permettent de recréer du lien entre producteurs et consommateurs, de redonner du sens et de la confiance dans la relation d’échange autour du sujet essentiel que constitue notre alimentation. Si, les circuits courts ne représentent actuellement en Bretagne que 2 % environ de la consommation alimentaire totale, leur pratique est largement répandue. Les marchés représentent par exemple presque la moitié de la vente en circuits courts. On constate ces dernières années un fort engouement de la part des consommateurs pour les circuits courts avec un renouvellement constant des formes de relations producteurs consommateurs.


Quels sont les principaux déclencheurs d’initiatives de circuits courts ?

Les consommateurs recherchent surtout le goût, la fraîcheur et un lien avec le producteur. Certains y intègrent également un engagement politique. Ils veulent donner du sens à leurs achats, connaître la provenance des produits et les conditions dans lesquels ils ont été fabriqués. Et des jeunes privilégient les circuits courts pour l’alimentation de leurs enfants. Pour les producteurs, la première motivation est le lien avec le consommateur. La vente directe permet un retour sur ses produits, en plus des contacts humains. C’est aussi le moyen de valoriser une pratique. Alors qu’il n’y a que 3 % d’agriculteurs bio en circuits longs, il y en a 30 % dans les circuits courts. Enfin une autre motivation est de maîtriser son débouché, indépendamment de la fluctuation des prix du marché. Les initiatives collectives par ailleurs aussi bien du côté des producteurs, que des consommateurs, permettent de faire des économies d’échelle, que ce soit en termes de temps passé, de rationalisation du travail que de bénéfice à la fois sur le plan purement économique, qu’organisationnel.


Quels sont les principales contraintes actuelles pour le déploiement des circuits courts ?

Aujourd’hui, tout le monde parle des circuits courts. Plus personne ne nie leur essor qui s’est pourtant construit face à l’opposition du modèle agro-industriel, qui en minimise parfois l’intérêt et la portée. Actuellement, les circuits courts ne constituent plus une niche.

Le déficit en produits locaux ne pourra se résorber de façon satisfaisante, c’est à dire en dehors du schéma classique d’industrialisation, que par l’installation de nombreux jeunes. L’essor des circuits courts passe par le renouvellement des acteurs. Il nécessite une refonte des règles d’attribution du foncier, mais aussi de l’innovation pour mobiliser les énergies et l’épargne locale sur de nouvelles modalités d’accès à la terre. Les paysans en circuits courts se sentent en responsabilité d’ouvrir aux consommateurs la possibilité de mieux comprendre l’agriculture et l’alimentation. L’éducation alimentaire, dont l’urgence en matière de santé publique est révélée par les effets des pesticides ou l’augmentation de l’obésité, fait partie du programme des circuits courts. Le respect des ressources de la planète et de ses habitants les plus pauvres passe par l’évolution du régime alimentaire occidental, et notamment la réduction des protéines d’origine animale.

Propos recueillis par Gaëtan DELMAR

* Systèmes ALimentaires Territorialisés : programme de recherche action piloté par la FRCIVAM Bretagne, destiné à améliorer la connaissance des circuits courts en Bretagne.