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Le café de Baptiste

Reportage en Haïti

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Qu'on ne se méprenne pas. Baptiste n'est pas un prénom, c'est une ville haïtienne de montagne aux allures de petit village en déclin avec ses rues bosselées et ses maisons cabossées. Baptiste – 30 000 habitants - revient de loin et se remet tout juste des relations plus que tendues entre Haïti et la République dominicaine. Ici, plus de la moitié des habitants vivent du café qui assure 90 % des revenus des planteurs. Ou plus exactement assurait. Car la République dominicaine dont la frontière est à quelques kilomètres, a mené une guerre sans merci aux producteurs de café. Lorsque Haïti a connu une grave crise politique et économique en 1986, les producteurs de Baptiste se sont tournés vers le marché dominicain. En vain. Les paysans haïtiens étaient souvent battus dès qu'ils franchissaient la frontière et lorsqu'ils arrivaient à destination, les prix proposés ne couvraient même pas leurs frais.

AVSF nous a appris à nous regrouper, nous entraider

Peu à peu, les paysans de Baptiste se sont sentis obligés de couper leurs caféiers pour faire du maïs, des haricots, des tubercules. La production de café a chuté de moitié entre 1986 et 1999.  « C'est l'arrivée d'AVSF qui nous a sauvés et nous a redonné l'envie de refaire du café lance Sonia Themony, jeune productrice de 36 ans. Nous nous battions chacun de notre côté et Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières nous a appris à nous regrouper et à nous entraider au sein de coopératives qui elles-mêmes se sont regroupées. Nous apprenions notre métier sur le tas, de génération en génération, et AVSF nous a donné l'envie de suivre des formations et d'être plus exigeants pour produire un meilleur café pour le vendre plus cher. AVSF a contribué grandement à ce que nous sommes. » Sonia, l'une des 1 300 producteurs de café de Baptiste – 45 % sont des femmes - n'a pourtant qu'un demi-hectare, mais avec un mari instituteur elle passe beaucoup de temps sur ses parcelles. Sans jamais mettre d'engrais, elle récolte entre 1 200 et 15 00 kg de café ce qui lui assure un revenu de 800 euros par mois.

Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières bien conscient d'avoir redonné le moral aux producteurs n'en reste pas là. Grâce à un nouveau projet, 55 hectares de caféiers ont été régénérés en 2013 par une taille systématique des plus grands arbres pour donner un peu d'air aux caféiers. Certains, très vieux, ont été taillés et des opérations de fertilisation organique ont été menées. « On a aussi construit des aires de séchage car par manque de place les producteurs envoyaient leur grains sécher à Port-au-Prince, à 5 heures d'ici en camion. Et puisque les grains de café doivent être lavés trois ou quatre fois et que certains producteurs étaient, pour le faire, obligés d'acheter de l'eau, AVSF a fait construire deux réservoirs de près de 20 000 litres d'eau. Et on va aussi réhabiliter certaines coopératives » ajoute Walter Elisme, le coordonnateur de l’Union des Coopératives Caféières de Baptiste (UCOCAB) visiblement heureux de la réaction des paysans.

Relever la tête et produire un café de qualité

Il a de quoi car on sent que les producteurs relèvent la tête. Avec le soutien financier d'AVSF, l'Ucocab a financé un poste de responsable de production et un autre pour le contrôle de qualité. « Nous n'avons pas assez de cadres et c'est pour cela que nous insistons sur la formation des gérants et des administrateurs de coopératives avec dix modules de formation à la gestion et à comptabilité » précise encore le coordonnateur d'AVSF.

Sonia Themony se pique au jeu et suit une formation. Elle explique qu'elle voudrait acheter une nouvelle parcelle mais que les banques ne prêtent pas aux paysans. Pour avoir un prêt de 4 000 euros, le prix d'un hectare, elle avoue qu'elle devra mentir à son banquier, la Coopeclas, et monter tout un dossier pour... la création d'un petit commerce. « C'est peut-être ce qu'on attend maintenant d'AVSF, nous dit-elle. Non pas qu'il devienne un banquier mais qu'il négocie avec un banquier un fonds de roulement pour qu'il y ait un crédit pour l'agriculture. »

En attendant, il est sorti l'an dernier plus de 15 tonnes de café de cette ville de Baptiste qui croit dur comme fer à sa vocation caféière. Pour preuve, dans le haut de la ferme agricole d'Etat en partie laissée à l'abandon, les producteurs de café ont mis en pots 70 000 graines de trois sortes de café, de l'Arabica tipica, du Tabi et du Castillo. Les plantules ont déjà belle allure, elles ne demandent qu'à être plantées dans une parcelle.

Dominique Gerbaud, ancien grand reporter et rédacteur en chef de La Croix

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