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Paysan Instituteur et pas l'inverse

Reportage en Haïti

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Il préfère dire qu'il est paysan-instituteur qu'instituteur-paysan. Parce qu'il se sent d'abord paysan et qu'un jour il retournera définitivement à ses champs. En grande partie grâce au programme qu'Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières a mis en place, sur le plateau central d'Haïti, en aidant et en formant 198 jeunes paysans. Louis Gereel, 32 ans, est de ceux-là. Fils et petits-fils de paysans, il n'a connu que la campagne et a même arrêté l'école l'année d'avant ce qui correspond en France au baccalauréat. Que pouvait-il faire sans diplôme et sans formation ? Grâce à la puissante organisation de paysans qu'est le MPP (mouvement paysan papaye) il suit alors plusieurs formations. De couture, d'entrepreneur agricole et d'instituteur. Et depuis 2002 il est instituteur à l'école presbytérale d'Hinche, la principale ville (plus de 100 000 habitants) du centre d'Haïti.

Récolter des produits de qualité

Tous les matins à 7h, il quitte en moto son village de « Bois d'orme » et à 8h il retrouve ses 32 élèves de classe de 5e. A 13h, il revient au village, prépare la classe du lendemain et de 16h à 19h il est sur ses parcelles de bananes, de papayes, d'avocatiers. Si son projet a retenu l'attention d'Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières, c'est qu'il a exprimé le souhait de ne se consacrer qu'à ses parcelles en achetant de nouvelles terres et en développant des produits de qualité et en assurant parallèlement un accompagnement de douze groupements de paysans membres du MPP par une formation technique et civique. Quand on sait qu'il est également sacristain de son village et que c'est lui qui assure la célébration dominicale à l'église, on se dit que l'homme a peu de temps pour lui.

Banco pour ce retour à la terre lui a dit Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières en septembre 2012. Il a reçu une subvention de 1 900 euros et a pu emprunter 1 800 euros. Ainsi a-t-il pu acheter une parcelle de 600 m² qu'il a clôturée, 1 250 plants de bananes, 2 kg de semences de papaye, des boutures de canne à sucre et surtout une pompe d'arrosage avec la tuyauterie nécessaire. Car c'était l'un de ses atouts : une petite rivière, presque jamais à sec, traverse sa propriété ce qui permettra d'irriguer et d'avoir des légumes et des fruits y compris en période sèche lorsqu'il y a pénurie sur le marché.

Un projet résolument familial

Pour l'heure et jusqu'en juillet 2014, il lui faut rembourser son emprunt. 86 euros par mois. Son métier d'instituteur lui rapporte 80 euros mensuels et les produits de sa ferme 160 euros. C'est sa femme qui deux fois par semaine va vendre les légumes et les fruits au marché d'Hinche, à dos de mulet. « Quand tout ce qu'on a planté et semé va donner, je pourrai arrêter mon travail d'instituteur et j'espère bien que mon fils s'installera avec moi puis me succédera un jour. Car on peut vivre de notre production. » Actuellement la propriété familiale de cinq hectares que Louis Gereel partage avec ses quatre frères et ses quatre sœurs fait vivre 20 personnes. C'est dire que s'il se lance avec femme et enfant sur deux hectares il s'en sortira. Parce qu'il a trouvé, au bon moment, grâce au programme d'AVSF de soutien aux entrepreneurs agricoles, l'aide financière, les conseils techniques et la formation nécessaires. Un coup de pouce qui donne des idées aux paysans autour de lui.

Dominique Gerbaud, ancien grand reporter et rédacteur en chef de La Croix

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