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Mercidieu, le ferronnier

Reportage en Haïti

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Tout jeune, il aimait bricoler le fer et créait des petits objets. « J'aimais cela parce que la finalité c'est la beauté de ce qu'on a produit. » Mercidieu Noël a arrêté l'école avant le bac pour suivre une formation de ferronnerie pendant deux ans et demi, à la capitale, Port au Prince. Revenu sur ses terres, sur le plateau central, il ouvre un petit atelier à Savanette Cabral, à 25 kilomètres de Hinche. Lorsqu'en 2012 Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières lance un projet d'aide à 162 jeunes entrepreneurs agricoles, Mercidieu le ferronnier n'a aucune raison d'en bénéficier. Il n'est pas paysan et ne travaille pas la terre. « Sauf que nous nous sommes aperçus que les paysans manquaient de charrues et qu'ils avaient du mal à faire réparer celles qui se cassaient. Même chose pour beaucoup d'outils agricoles. Il devenait alors logique d'aider deux ou trois ferronniers qui acceptaient de se spécialiser dans l'élaboration de matériel agricole pour que les paysans puissent ensuite les faire réparer sur place » raconte Carmille Joseph le coordonnateur d'AVSF à Hinche.

Faire confiance au potentiel des entrepreurs

Mercidieu Noël monte un dossier très lourd, coûteux, car s'il veut se lancer dans l'outillage agricole  il lui faut du gros matériel. Deux génératrices, l'une à l'essence, l'autre au diesel, une meuleuse, une perceuse, une grosse soudeuse... Coût de la subvention demandée : 26 000 euros. C'est beaucoup. Beaucoup plus que ce que donne Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières aux paysans. AVSF hésite mais finit par dire « banco ! » car l'homme est sérieux et habile de ses mains. Il a aussi une personnalité séduisante car il n'a de cesse de transmettre sa passion du fer aux jeunes générations. Il forme actuellement huit jeunes apprentis dans une autre ville que la sienne et va y installer un atelier.  « On a eu confiance en lui » dit encore Carmille Joseph. D'autant qu'il a été recommandé à Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières par le directeur de son ancien établissement scolaire, l'Ecole moyenne d'Hinche. Tout bêtement, ce directeur a été séduit par un aménagement de portes et de fenêtres en fer forgé réalisé dans la ville. Il s'est renseigné et a retrouvé l'auteur : Mercidieu.

Sa force de travail comme unique moyen de survie

Après ce sérieux coup de main d'AVSF et grâce au nouveau matériel, les commandes ont doublé. Il avait deux ouvriers avant l'intervention d'AVSF, il en a maintenant cinq. L'atelier de Mercidieu Noël façonne les objets selon la demande des paysans qui doivent verser 80 % à la commande. En moins d'un an, le ferronnier a créé cinq charrues à partir d'un moule qu'il a lui-même confectionné. Il vend ses charrues. Il a aussi façonné 20 pioches, 30 haches, 25 râteaux, 8 arrosoirs. Il a diversifié sa production. « En une journée, grâce à mon nouveau matériel je peux réaliser trois sommiers de lit en fer » nous assure Mercidieu.

Il ne veut pas s'arrêter en si bon chemin. Il a l'intention de s'équiper d'un four électrique et d'une scie électrique car actuellement il scie tout le fer à la main. Sans avoir la moindre assurance en cas d'accident. « Ya belle lurette (en créole dans le texte) que je ne me suis pas blessé. » Mercidieu est très adroit de ses mains et son plus grand plaisir est de donner vie à un bout de fer, de créer des courbes harmonieuses et une forme esthétique à une pièce de métal.  « Grâce à AVSF, mes revenus sont plus constants. Avant, je pouvais gagner 160 euros un bon mois et 40 euros le mois suivant. Maintenant je varie selon les commandes entre 900 et 150 euros lorsqu'il y a peu de commandes, mais c'est plus souvent autour de 600 ou 700, ce qui est bien à Haïti. Vous voyez, conclut-il avec un brin d'humour, j'ai un prénom qui me va bien. »

Dominique Gerbaud, ancien grand reporter et rédacteur en chef de La Croix

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