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Le 1er de la famille à posséder une terre

Reportage en Haïti

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Jamais dans la famille de Phito Clairveau on n'avait été propriétaires. Ses parents et grands-parents louaient des parcelles à l'Etat. Quatre hectares au total. Mais lui avait envie d'avancer, d'entreprendre. A 25 ans, avec l'argent qu'il gagne à garder la vache d'un propriétaire, il achète une petite parcelle. La règle veut qu'à la deuxième portée d'une vache, le veau est pour le gardien qui s'en occupe. En 1982, Phito a donc une parcelle à lui et une vache de race indigène. Une belle bête, marron, costaude, peu fragile et généreuse puisqu'elle donne près de quatre litres de lait par jour même quand elle nourrit son veau.

Le plus important n'est pas l’argent mais la formation

Mais sa vache ne lui suffisait plus. Phito a six enfants et lorsqu'il apprend par l'association des producteurs de lait d'Hinche, dont il est membre, qu'Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières lance un programme pour soutenir des entrepreneurs agricoles il pose sa candidature. « On a vu qu'il était sérieux et solvable car pour tout dossier le bénéficiaire doit apporter 10 % de la somme demandée. Il nous a été recommandé par Vétérimed, une ONG haïtienne, alors on a décidé de soutenir son projet bien structuré » précise Carmille Joseph le coordonnateur régional d'Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières. C'est en effet un plan bien préparé et organisé qu'a monté Phito. Il a pensé à tout. Il sollicite une subvention d'AVSF de 2 000 euros et un prêt de 1 600 euros à 12 % annuel auprès de la banque Coopeclas. Avec cela, il achètera trois vaches et un hectare de terres, construira un poulailler pour 150 poules pour la viande. « Ce que j'ai le plus apprécié c'est qu'on ne m'ait pas donné de l'argent pour acheter à manger mais pour m'apprendre comment produire. Le plus important pour moi c'était cette formation pour mieux travailler la terre » constate Phito Clairveau.

Un an après, le coordonnateur d'AVSF est satisfait d'avoir misé sur cet entrepreneur agricole toujours concentré, qui à chacune de nos questions prend le temps de réfléchir tout en gardant un œil sur les deux vaches qui broutent goulument à côté de lui. Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières lui a payé une formation  pour apprendre à planter et à entretenir un jardin de fourrage. Jardin d'une impressionnante densité. Phito a maintenant cinq vaches de plus de 400 kg, la sixième est morte après avoir mangé... des sacs en plastique. « J'aime les vaches parce qu'elles produisent à la fois du lait et des veaux et c'est rentable si on s'en occupe bien » nous dit Phito Clairveau.

Un système d’entraide familial et de voisinage

Il est maintenant sur 3,5 ha. L'un est consacré au fourrage pour alimenter le bétail et deux à un jardin maraîcher. Pour vivre et acheter le moins possible à la ville. Et toute la famille s'y met. Chaque matin, sa femme va à la laiterie à pied, à six kilomètres, pour y déposer le lait de la veille. « C'est la moitié de nos revenus » précise Phito. C'est encore sa femme qui va au marché d'Hinche pour y vendre les légumes. Phito, lui, n'est pas toujours à la ferme. Car il pratique le système appelé ici « combite », une forme d'entraide entre 25 voisins. Ils vont travailler à tour de rôle chez l'un ou l'autre et la famille qui reçoit offre la nourriture. « Mes voisins viennent cinq fois par saison chez moi, pour sarcler, nettoyer, labourer. » A 49 ans, il souhaiterait avoir un coup de main plus régulier. Il viendra peut-être de son fils aîné, actuellement à l’université d'agronomie d'Hinche. « Il aime le travail de la terre et moi j'aimerais bien qu'il reprenne les terres car je ne me serai pas investi pour rien. »

Dominique Gerbaud, ancien grand reporter et rédacteur en chef de La Croix

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