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Echapper au tranchage des mains

Reportage en Haïti

Echapper au tranchage des mains Image principale

Ecclésiaste Belizaire, agriculteur haïtien de Bassin Boeuf, sur le plateau central d’Haïti, ne travaillait qu'une partie de l'année. Lors de la saison sèche, les 800 m² de bonne terre qu'il loue à l'Etat, à raison de 20 euros par an, n'étaient pas exploitables. « Entre novembre et mars, il n'y a rien à faire. Je jouais aux dominos ou j'allais couper de la canne à sucre en République dominicaine, à 60 km d'ici. » Jusqu'au jour où, sur le retour, avant de passer la frontière, il s'est fait voler toutes ses économies. « J'ai eu de la chance, certains paysans haïtiens ont eu la main coupée pour qu'ils ne reviennent plus travailler en République dominicaine. »

De l’eau pour irriguer toute l’année

C'est sûr, Ecclésiaste n'y retournera plus. D'autant que depuis 2011, il bénéficie d'un astucieux programme d'aide et de formation mis en place par Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières qui s'est appuyé sur le MPP, la puissante organisation de paysans locale. Depuis cette date, les terres d'Ecclésiaste et des 28 paysans qui louent ensemble les terres de l'Etat sont régulièrement irriguées. AVSF a financé un système de pompage des eaux des six lacs de retenue qui se trouvent à 400 mètres en bas des parcelles. L'eau pompée en une heure est stockée dans des citernes en ciment de 70 m3 et repart par gravitation, donc sans dépense d'énergie, vers les parcelles des paysans. « Nous avons formé les 28 bénéficiaires à une meilleure utilisation de l'eau et ils ont de l'eau toute l'année » nous explique Carmille Joseph, médecin vétérinaire et zootechnicien, coordinateur régional d'AVSF.

Voilà pourquoi Ecclésiaste Belizaire n'ira plus en République dominicaine. « Le programme nous a permis de faire un jardin de fourrage pour avoir de l'herbe sèche quand il fait chaud, et un jardin de maraichage. » Il y fait des choux, des haricots. La moitié pour la consommation familiale (12 personnes), l'autre pour la vente au marché. Depuis la mise au point de ce système d'irrigation, son large sourire du haut de sa haute stature ne le quitte plus. A l'abri de sa large casquette, il y a de la fierté chez cet homme, un sentiment de réussite et la satisfaction d'avoir mis au point avec les 28 locataires de parcelles une organisation communautaire où toutes les décisions sont prises en commun.

La formation primordiale dans la réussite des paysans

« AVSF nous a construit une petit maisonnette où nous pouvons nous réunir lorsqu'il pleut trop fort et qu'on ne peut pas rester dans les champs. » Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières a également fait construire des déversoirs en béton pour gérer l'eau qui arrive en excès et qui bénéficie aux parcelles qui se trouvent en aval. L'organisation a également fait installer un abreuvoir en aval et a lancé un projet de plantation d'orangers, de manguiers, et d'avocatiers. « Tout ce qui a été réalisé est utile parce qu'AVSF a su entendre nos demandes, conclut Ecclésiaste Bélizaire, mais le plus important, vous ne le voyez pas, c'est la formation que l'on a reçue car maintenant on ne cultive pas comme avant. On fait plus attention à l'eau et on varie nos légumes, c'est le résultat de la formation. »

Dominique Gerbaud, ancien grand reporter et rédacteur en chef de La Croix

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