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Commerce équitable et développement durable

Quel est l’engagement et le rôle d’AVSF dans le secteur du commerce équitable ? Image principale

Depuis 35 ans, Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières - AVSF, ONG française de développement rural (www.avsf.org), a accompagné plus de 90 organisations de producteurs du Sud sur des filières du commerce équitable. Nous avons soutenu la création ou le développement de labels (Max Havelaar France, ESR ECOCERT, Symbole des petits producteurs SPP), et construit et mis en œuvre une méthodologie de mesure de l’impact du commerce équitable, utilisée aujourd'hui par des tiers. Nous pouvons donc témoigner et rendre compte des effets du commerce équitable sur le développement des territoires ruraux, des familles paysannes, de leurs organisations et des pays du Sud. AVSF est également membre et administrateur de la Plateforme pour le Commerce Equitable (PFCE), a participé à la Commission Nationale du Commerce Equitable (CNCE) en représentation des ONG, et contribue dans ce cadre aux réflexions et débats menés avec les pouvoirs publics concernant le commerce équitable. AVSF a notamment participé aux travaux pour l'élaboration du "Plan d’action national en faveur du Commerce Equitable" promu en 2013 par les Ministres Pascal Canfin et Benoît Hamon. 

Pour AVSF, en quoi le commerce équitable s’inscrit-il dans les diverses démarches de développement durable existantes ?
Les effets du commerce équitable touchent les trois piliers du développement durable généralement utilisés, que sont les dimensions sociales, économiques et environnementales. Les études d’impact réalisées[1] démontrent que le commerce équitable permet de générer un impact fort sur l’amélioration des conditions de vie et des revenus des familles paysannes, le renforcement des organisations de producteurs, la gestion durable des ressources naturelles et divers processus de développement local et national des pays concernés.

Au Sud, grâce à un prix minimum garanti qui rémunère de manière équitable et à une plus juste valeur le travail du producteur et grâce à l'octroi d'une prime additionnelle de développement, le commerce équitable permet la dynamisation d'économies locales souvent marginalisées et oubliées des politiques publiques. Il génère et facilite la mobilisation de petits producteurs isolés au sein d'organisations structurées qui définissent, au niveau de leur territoire, des projets de développement économiques et sociaux. Il contribue directement au renforcement des capacités économiques des organisations et à des investissements locaux (infrastructures de stockage, de transformation, …). Il favorise l’émergence de services économiques sur les territoires ruraux : (commerce, petites entreprises, transport, etc.). Parce que le commerce équitable garantit une relation commerciale sur le long terme et ouvre l'accès à du préfinancement pour la collecte des produits, il contribue à renforcer ces mêmes organisations paysannes : nombre d'entre-elles ont peu à peu acquis les connaissances nécessaires des marchés et ont développé leur capacité de négociation avec les acteurs économiques. Pour AVSF, le commerce équitable joue donc un effet levier pour que des organisations de petits producteurs, jusqu'ici exclues en tant qu’acteur du marché mondial, se positionnent dans de meilleures conditions au sein des filières, y compris conventionnelles. Il répond par ailleurs à une demande croissante des consommateurs en produits de qualité, identifiés géographiquement, provenant d'une agriculture paysanne respectueuse de l'environnement. En contribuant à des relations équitables entre les différents maillons de la filière, le commerce équitable est une forme innovante de régulation des marchés. Tout ceci justifie d’ailleurs la mention suivante dans la Loi n° 2005-882 du 2 août 2005 en appui aux PME, reprise dans l’actuel projet de Loi sur l’économie sociale et solidaire : « Le commerce équitable s’inscrit dans la stratégie nationale de développement durable ».

Au sein des multiples démarches de développement durable, quelles sont selon vous les éventuelles plus-values du commerce équitable ?
De nombreuses démarches visant à contribuer au développement durable ont vu le jour au cours des deux dernières décennies, reposant majoritairement sur la mise en place de systèmes de garantie centrés sur les dimensions productive et environnementale (comme Rainforest Alliance, Utz, etc.). Ces démarches soucieuses de garantir la durabilité des pratiques de production et de la gestion de l’environnement, permettent généralement une valorisation économique de ces bonnes pratiques avec l’octroi de primes aux producteurs et une répercussion sur les prix de vente de ces produits aux consommateurs finaux.

Mais le commerce équitable va encore plus loin que ces cahiers des charges :

1) La régulation de la contractualisation des échanges avec des engagements commerciaux pris sur le long terme et la garantie du respect de prix minima couvrant les coûts de production, permettent aux familles de producteurs d’augmenter et sécuriser dans le temps leurs revenus, in fine d’améliorer leurs conditions de vie et d’investir dans des activités génératrices de revenus et d’emplois. La contribution du commerce équitable au pilier économique du développement durable est donc particulièrement forte.

2) Tel que défini dans ses fondamentaux, le commerce équitable, défendu par AVSF et certains labels comme le SPP, doit être et rester au service des producteurs familiaux et du renforcement de leurs organisations. Il permet alors à la fois de revaloriser le statut fondamental des paysans dans la société, mais également de faire émerger des organisations représentatives de familles historiquement exclues des espaces de dialogue et de négociation, qui se dotent de mécanismes de gestion transparente et démocratique basés sur le respect des droits des individus et la responsabilité collective. Ces organisations concourent à l’amélioration de l’accès aux services de base (santé, éducation). Grâce à ces fortes contributions à la structuration du milieu rural et aux dynamiques de développement local portées par des organisations de producteurs, le commerce équitable répond ainsi tout particulièrement aux enjeux sociaux du développement durable.

La mobilisation des pouvoirs publics français et le lancement officiel en mai 2013 du Plan d’action national en faveur du commerce équitable démontrent la reconnaissance croissante du commerce équitable comme outil puissant de développement durable. Plus récente encore, l’adoption par l’Assemblée Nationale en février 2014 en 1ère lecture du projet de Loi d'orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale, stipule dans son article 5 ter que « la politique de développement et de solidarité internationale favorise le développement des échanges fondés sur le commerce équitable et contribue au soutien des initiatives d’économie sociale et solidaire et du micro-crédit dans les pays bénéficiaires. ». Dans ce contexte favorable, le commerce équitable, avec ses spécificités au sein des diverses démarches de développement durable, est une source d’inspiration à exploiter tant pour la construction de politiques publiques de régulation des échanges, que pour la définition de politiques d’approvisionnement des acteurs publics et privés, cohérentes avec les objectifs de développement durable qu’ils se proposent.