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A moto pour soigner les animaux

Reportage à Madagascar

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  • 1- Damoela RAKOTOMERIVOLA, Acsa, lac d’Alaotra  (Madagascar) (16).jpg
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A Madagascar, devant la pénurie de vétérinaires, AVSF a créé un nouveau métier : « agent communautaire de santé animale ». Grâce à une formation et un accompagnement dispensés aux éleveurs locaux, tout le monde est gagnant : animaux,  éleveurs et vétérinaires.

Dans la cour, la moto est toujours prête. Une 125 cm3. Tout terrain, du solide. Car Damoela Rakotomerivola parcourt chaque année  plus de 8 000 km pour aller soigner les animaux près du lac Alaotra à Madagascar. Sa clientèle, ce sont plus de 4 000 bovins, autour de 500 porcs, de 5000 poules, plus quelques vaches laitières. « Après un appel, je suis sur place dans l’heure qui suit. Au plus, dans 4 ou 5 heures si j’étais déjà pris. » Rien à voir avec les délais habituels. C’est-à-dire avant que l’association Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières invente ce nouveau métier d’agent communautaire de santé animale (ACSA). Auparavant, par manque de vétérinaire, un animal malade n’était soigné que 2 ou 3 jours après – au mieux – souvent il devait attendre une semaine.

En 2005, Damoela, éleveur de vaches laitières et de poules pondeuses s’est porté par hasard candidat à ce nouveau métier. « Par curiosité, pour apprendre à soigner mes vaches. » Et le voilà, près de dix ans plus tard, complètement pris par son nouveau travail. Au point qu’il a laissé ses vaches à son père et consacre une grande majorité de son temps à ce nouveau métier qui le passionne et lui permet d’augmenter ses revenus de plus de 70 % par rapport au temps où il n’était qu’éleveur.

Un nouveau métier et une véritable amélioration de sa vie
Il s’est tellement pris au jeu qu’au bout d’une année il a délaissé le vélo qui lui avait été donné par Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières au terme de sa formation, pour s’offrir une moto qui lui permet de rayonner dans ses quatre secteurs. Son domaine d’activité, correspond grosso modo à un cercle de 10 km. Rien à voir avec le vétérinaire qui, lui, a un rayon de 40 à 50 km, ce qui explique qu’il est submergé. On comprend mieux pourquoi Damoela assure une moyenne de cinq interventions par jour. « Grâce à Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières, j’ai pu construire ma maison et je viens de faire installer des panneaux solaires. Sans les revenus d’ACSA, si j’étais resté simple éleveur, je n’y aurais même pas pensé. »

Comme tous les ACSA, Damolea ne se fera pas payer à l’acte médical mais à la différence de prix sur les médicaments. Pour cela, il doit obligatoirement s’approvisionner auprès du vétérinaire mandataire qui les lui vend un peu moins cher et l’ACSA facturera le reste à l’éleveur. Cette différence, c’est son gagne-pain. Grâce à cela, il va investir dans un nouveau panneau solaire et s’achètera ensuite un réfrigérateur pour conserver les vaccins.

Au-delà des considérations économiques, Damoela a gagné… en confiance ! « J’ai plutôt confiance en moi et ce qui me plait le plus dans ce métier, c’est que les gens ont confiance en moi. » C’est sa fierté. Lui qui était un petit éleveur est devenu grâce à ce nouveau  métier d’agent communautaire de santé animale un personnage connu et respecté. Un « Monsieur ». « S’il n’y avait pas eu cette proposition d’Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières de changer de métier tout en restant éleveur dans ma petite ferme, je serai toujours avec mes vaches et mes poules. » La moto calée au pied d’un arbre de la cour va encore servir.

Dominique Gerbaud, ancien grand reporter et rédacteur en chef de La Croix

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