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Favoriser la prévention vétérinaire

Barbara DUFOUR, Vétérinaire et enseignant chercheur en maladies contagieuses et épidémiologie à l’Ecole Vétérinaire d’Alfort

Quel est votre parcours  ?

Pendant les 10 ans qui ont suivi ma sortie de l’école d’Alfort en 1980, j’ai été vétérinaire épidémiologiste à la Fédération Nationale des GDS (une fédération française d’éleveurs à vocation sanitaire). C’est à cette période qu’est né "Vétérinaires Sans Frontières". J’ai participé à cette première aventure comme membre du conseil d’administration, puis dans une mission terrain en Palestine. L’objectif de mettre en place une lutte contre la brucellose bovine m’était déjà très familier en France.

Avez-vous maintenu le contact avec AVSF ?

Ma vie professionnelle et personnelle m’a éloignée de l’association, mais pas du développement sanitaire. J’ai collaboré avec le CIRAD[1] et conduit plusieurs missions dans les pays du sud. Et puis je suis restée membre de Vétérinaire Sans Frontières, et lectrice assidue de sa revue des donateurs. C’est comme ça que j’ai suivi en direct la naissance d’AVSF, fruit de la fusion entre Vétérinaires Sans Frontières et le CICDA, une ONG d'agronomie. Je suis convaincue que santé humaine et santé animale sont très liées, et que l’aspect sanitaire est un moteur essentiel au développement local. C'est pour cela que je suis administratice bénévole d'AVSF depuis maintenant 2 ans.

Adepte du « One Health » -une seule santé - alors ?

Oui, mais ce n’est pas original. Juste une question de mots. Le concept de zoonose –maladie transmissible entre homme et animal– existait déjà au 19e siècle. C’est la récente panzootie[2] de grippe aviaire H5N1 qui l’a remis très fort en scène. Face à la menace de pandémie[3], les organismes internationaux ont créé ce concept « One Health » lors d’une conférence à New Delhi pour conduire médecins, vétérinaires et écologistes à travailler ensemble.

C’est-à-dire essentiellement intensifier la vaccination ?

Pas seulement. Bien sûr, certaines zoonoses majeures comme la brucellose exigent de multiplier les campagnes de vaccination. Mais la transmission des zoonoses, comme la tuberculose bovine ou certaines salmonelloses, se fait souvent par la consommation de lait contaminé, d’autres comme le charbon par un contact non protégé entre l’éleveur et ses bêtes lors des soins. Il faut donc sensibiliser et éduquer les éleveurs des pays du sud à des règles d’hygiène élémentaires, comme faire bouillir le lait ou porter des gants pour soigner les animaux. Et aussi bien sûr à veiller sur la santé des animaux pour détecter plus tôt une éventuelle infection et prévenir sa propagation de village en village.

Donc généraliser la prévention auprès des familles d’éleveurs ?

Oui. Et pour être efficace, il est indispensable comme le fait AVSF, que chaque projet conduit dans les régions d’élevage implique et crée des synergies entre services de santé et vétérinaires. Car seuls la coopération et un discours commun de tous les intervenants sanitaires auprès des populations peuvent permettre une bonne prévention des maladies zoonotiques.

Propos recueillis par Gaëtan DELMAR



[1] Centre de Coopération Internationale en recherche Agronomique pour le Développement.

[2] Epidémie internationale chez l’animal.

[3] Epidémie internationale chez l’Homme.