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Un changement agricole primordial

Marie-Monique ROBIN, réalistatrice et écrivain

Marie-Monique ROBIN est journaliste et réalisatrice. Elle a réalisé de nombreux documentaires et reportages tournés en Amérique Latine, Afrique, Europe et Asie. Elle est aussi l’auteure de plusieurs ouvrages, dont les best-sellers « Le Monde selon Monsanto » et « Notre poison quotidien ». C'est le dernier « Les moissons du futur, comment l’agroécologie peut nourrir le monde » qui nous a donné envie de lui poser quelques questions.

Sommes-nous à un tournant dans la production et la consommation de nourriture ?

Tout à fait ! Le récent rapport intitulé L’agriculture à la croisée des chemins , à l’initiative de la Banque mondiale et de la FAO, a été approuvé par 58 pays. Il souligne l’urgence de changer de paradigme agricole, pour faire face aux multiples crises - du climat, de la biodiversité, de l’eau, crise financière, sociale, économique, sanitaire, énergétique - qui menacent in fine la sécurité alimentaire des populations.

En quoi un changement d’agriculture apporte-t-il des réponses ?

D’abord, l’agriculture industrielle est responsable de 14 % des émissions de gaz à effet de serre. Pesticides et engrais chimiques sont fabriqués avec du gaz et du pétrole... Sans parler de la mécanisation et du transport des denrées agroalimentaires sur de longues distances... Avec ce modèle, il faut sept calories énergétiques pour produire une seule calorie alimentaire !
A ces 14 %, s’ajoutent les 19 % dus à la déforestation, pratiquée pour développer des monocultures comme le soja transgénique, qui nourrissent les animaux des élevages industriels. Bilan : alors que l’agriculture devrait capter du carbone, elle en produit ! Ajoutez-y les conflits grandissants autour de l’eau (à l’échelle mondiale l’agriculture consomme 70 % de la ressource), la facture sanitaire - maladies et mort de paysans, des consommateurs et des riverains - et le changement devient primordial.

Qu’est-ce qui motive les paysans à se distancer du modèle intensif en pesticides ?

Au Nord, c’est notamment la dépendance au pétrole qui pousse les paysans à se tourner vers l’agroécologie car ils voient leur facture énergétique augmenter d’année en année, tandis que les rendements baissent à cause du réchauffement climatique.
Au Sud, c’est tout simplement l’autonomie alimentaire, face à une mondialisation qui a causé les émeutes de la faim en 2008 et 2009. Au Nord, comme au Sud, l’agro-écologie permet de développer une agriculture plus résiliente, et autonome dans ses moyens de production, car elle s’appuie sur la diversité des écosystèmes. La bonne nouvelle c’est que l'agroécologie permet aussi d’obtenir d’excellents rendements, contrairement aux affirmations des représentants de l’industrie chimique et de leurs alliés politiques ! Mais ce nouveau modèle implique de relocaliser la consommation avec des circuits courts de distribution comme les AMAP et les marchés paysans.

Quel rôle peut jouer une ONG comme AVSF ?

L’agroécologie marche ! Les techniques sont connues, ce qu’il faut maintenant c’est les diffuser le plus largement possible. Et pour cela on a besoin de structures et de gens compétents qui encouragent l’échange des savoirs d’un pays à l’autre. Dans ce domaine, le rôle d’AVSF peut être primordial.

Propos recueillis par Gaëtan Delmar