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A la conquête d’un cachemire plus doux pour l’environnement

En Mongolie, la première récolte de cachemire durable a lieu ce printemps, une filière unique au monde qui a su séduire les grandes maisons du luxe.

A la conquête d’un cachemire plus doux pour l’environnement Image principale

Aux portes du désert de Gobi, dans la grande steppe mongole, l’hiver se retire lentement. Le dégel est proche. Les chèvres vont bientôt faire leur mue. Elles s’apprêtent à perdre leur fourrure saisonnière, ce duvet ultra fin, souple et soyeux, qui étoffe leur toison durant les mois glacés et les protège des vents âpres. D’une douceur inégalée, cette fibre précieuse et chaude va être récoltée avec le plus grand soin. Les chèvres seront peignées par les bergers nomades, pour ne rien perdre de leur délicat pelage. Des gestes ancestraux, pour ce qui sera, ce printemps, la toute première récolte de cachemire durable. Une filière unique au monde, développée par l’association Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF) et destinée à contrer les conséquences dramatiques de l’engouement croissant pour cette matière noble.

Désastre écologique annoncé

« Autrefois produit de luxe, le cachemire est aujourd’hui à la portée de toutes les bourses, explique Hervé Petit, responsable du programme chez AVSF. En Mongolie, deuxième producteur mondial, l’élevage des chèvres s’est développé de manière vertigineuse ». Au point de briser l’équilibre de la steppe : les pâturages s’épuisent, le désert avance, les réserves d’eau se détériorent. Face à ce désastre écologique annoncé, AVSF a été la première organisation à se mobiliser. « Notre but est de stopper l’augmentation du cheptel et de produire un cachemire de très grande qualité, dans des conditions qui n’aggravent pas la dégradation de l’écosystème, mais permettent de le régénérer », poursuit le vétérinaire. Mené en amont depuis trois ans avec deux Soum (des districts mongols) de la région de Bayankhongor, à 800 km au sud d’Oulan Bator, ce projet concerne aujourd’hui 5 000 villageois.  Il repose sur une sélection rigoureuse des animaux, et la création de coopératives d’éleveurs. Soutenus et conseillés par AVSF, ils s’engagent sur une gestion collective des pâturages et la protection des ressources en eau et en fourrage.

Un débouché pour la filière

En France et en Europe, certaines maisons de luxe ont déjà marqué leur intérêt pour ce produit de caractère, respectueux de l’environnement. La récolte du printemps 2015 aura valeur de test. Elle pourrait entraîner toute la filière dans son sillage. Déjà, trois nouveaux districts vont rejoindre l’aventure l’an prochain.

Propos recueillis par Laure ESPIEU