Pour que les hommes vivent
de la terre durablement

Une transition énergétique

Patrick BEHM, Directeur général d’Enercoop

Concrètement, c’est quoi l’activité d’Enercoop ?

Enercoop est une coopérative créée en 2005 pour développer les énergies renouvelables (solaire, éolienne, hydraulique et biogaz) et « connecter » producteurs et consommateurs. L’idée fondamentale est d’impliquer les citoyens dans la construction du paysage énergétique de leur territoire. D’ailleurs nous sommes à la fois reconnus « d’utilité sociale et d’intérêt collectif » et agréés « entreprise sociale et solidaire » par l’Etat. Pour faire simple, nous sommes un distributeur d’électricité 100 % durable. Nous nous approvisionnons auprès de producteurs d’énergie hydraulique, éolienne, solaire et biogaz, et nous distribuons à nos abonnés.

Vous avez beaucoup d’abonnés ?

20 000 actuellement. Ces sont des gens qui ont quitté EDF pour s’abonner chez nous. Et ils sont alimentés par une centaine de producteurs indépendants répartis dans toute la France. Et pour rapprocher le plus possible producteurs et consommateurs, nous cherchons à développer d’autres coopératives au niveau régional.



Qu’en est-il du biogaz ?

Il faut savoir que la valorisation des déchets via la méthanisation (d’où est issu le biogaz) permet de produire au choix du courant, du chauffage, ou encore du bio-méthane injecté dans le réseau Gaz Naturel. La France compte environ 600 installations de biogaz, la plupart dans les fermes agricoles qui consomment la chaleur et l’électricité produites. De fait, le biogaz ne représente que 3 % de la production renouvelable en France, et ce type d’installations est appelé à se développer.

Cela signifie que vous croyez aux énergies issues de l’agriculture ?

Enercoop est favorable au développement du biogaz à partir des déchets organiques issus de l’activité agricole, et de préférence bio. Dans une logique d’économie circulaire et à condition de respecter les cycles naturels, nous y croyons très fort. A contrario, nous refusons la production agro-énergétique au détriment d’une agriculture nourricière et durable. Dans ce sens, les risques sanitaires et environnementaux de projets du type « ferme des Mille vaches » nous inquiètent.


A cause des gaz à effet de serre ?

Entre autres. C’est vrai que le modèle Enercoop s’inspire du « scénario négaWatt » : la division par 4 des gaz à effet de serre d’ici 2050 en France, via la sobriété et l’efficacité énergétiques, et le développement des énergies renouvelables. Ce modèle s’inspire d’ailleurs du « scénario Afterres 2050 », réalisé par l’association Solagro, pour ce qui est des questions d’agriculture et de forêts durables.

Et les perspectives du biogaz dans ce scénario ?

Le potentiel de production de biogaz en France égale la consommation actuelle de Gaz Naturel. L’injection de bio-méthane dans le réseau de GrDF est autorisée depuis 2 ans et 4 installations la pratiquent aujourd’hui. On en attend 150 d’ici 2020, et Enercoop milite pour un réseau GrDF alimenté à 100 % par du bio-méthane à horizon 2050.



Quels sont les freins ?

L’État soutient la filière de bio-méthane avec un tarif d’achat subventionné, ce qui est très positif. Mais le défi à relever c’est une organisation cohérente et une volonté de production au sein des territoires. Sans eux, la transition énergétique ne se fera pas.

Propos recueillis par Gaëtan DELMAR