Pour que les hommes vivent
de la terre durablement

Faciliter l’accès à la terre

Sjoerd WARTENA, Co-fondateur de Terre de Liens

Comment est née Terre de Liens ?

Terre de Liens est néée d’une rencontre avec les paysans d’un petit village des pré-Alpes autour de Die. Leur façon de vivre et leur connaissance fine de leur environnement nous ont frappé. Ils étaient le dernier maillon d’une tradition qu’on a voulu prolonger en la faisant évoluer, plutôt que la briser pour suivre les dernières inventions de l’agro-industrie.

Vous avez donc voulu créer une alternative ?

Oui, leur polyvalence nous a inspiré une agriculture diversifiée, «paysanne» et bio qui restaure l’équilibre ville-campagne et qui favorise une consommation alimentaire de proximité. Le problème majeur étant l’accès à la terre dans un contexte où la Politique Agricole Commune, qui favorise l’ultra-productivité, rend le foncier inaccessible. D’où les actions concrètes menées par Terre de Liens pour influencer la réflexion politique sur la gestion de la terre agricole.

Comment facilitez-vous l’accès à la terre pour les jeunes agriculteurs ?

Partout dans le monde, l’agriculture paysanne et familiale est en déclin. Les moins de 35 ans ne représentent que 6 % des agriculteurs européens ! Il faut trouver de la terre disponible pour permettre à des jeunes de s’installer, et développer des cultures de proximité. Faute de réel écho chez les politiques, nous avons fait appel à la société civile qui - elle - a répondu. Son soutien nous a permis de fonder deux structures de finance solidaire, à partir d’un réseau régional d’associations. La société « La Foncière Terres de Liens » compte près de 10 000 actionnaires : elle a réuni plus de 41 million d’euros et acheté sa 100ème ferme en 2014. La « Fondation Terre de Liens » quant à elle est reconnue d’utilité publique depuis 2013 ; elle a reçu 5 fermes en donation.

Qu’est-ce qui pourrait changer la donne pour les jeunes?

D’abord, arrêter le soutien massif à l’agro-industrie pour rééquilibrer les productions en fonction des besoins alimentaires. Ensuite, il faudrait sensibiliser les enfants dès le primaire aux liens entre l’environnement, l’agriculture et l’alimentation. Chaque école devrait être en contact avec une ferme éducative et chaque département devrait avoir un institut comme « Terres Vivantes » en Isère. Enfin il faudrait une législation foncière qui prenne en compte la terre comme un « bien commun » et qui taxe fortement les plus-values spéculatives.

Pensez-vous que le modèle Terre de liens soit exportable ?

Terre de Liens a fondé un groupe international pour regrouper des initiatives comparables à la sienne dans d’autres pays - 7 pour l’instant. Le groupe est soutenu par un programme Européen Erasmus, et propose un programme d’échange à de potentiels partenaires comme ECVC, Urgenci, IFOAM, Amis de la Terre, etc... En Belgique, Espagne et Italie des initiatives «terredelienesques» fonctionnent déjà et nous avons de très bons contacts aux USA, au Canada, et en Nouvelle Zélande. Par ailleurs, nous coopérons étroitement avec AGTER qui organise un Forum Mondial sur l’accès à la terre en 2016.

Propos recueillis par Gaëtan DELMAR