Pour que les hommes vivent
de la terre durablement

Favoriser l’échange

Philippe LENOBLE, Co-fondateur de la 1ère monnaie locale en France

Pourquoi une monnaie locale ?

Je suis administrateur d’Agir pour le vivant, une association qui travaille et informe sur tous les sujets relatifs au respect du vivant sous toutes ses formes, et dans toutes ses implications - environnement, santé, social, économie, pédagogie… L’idée -en créant une monnaie locale- était de favoriser le lien social et de resserrer les échanges producteurs/consommateurs à Villeneuve-sur-Lot.

Et quand est née l’Abeille ?

On a créé la première formule en 2009. Mais comme elle impliquait une carte à puce et des terminaux chez les producteurs pour les échanges, cela n’a pas marché. On a donc eu l’idée de passer sur un support papier, plus commode pour les échanges, et en janvier 2010, on a créée l’Abeille, Monnaie Locale Complémentaire en Lot & Garonne, première monnaie locale nouvellement crée en France. Les expériences de nos voisins allemands- qui ont une quarantaine de monnaies locales - nous ont beaucoup inspiré !

Quel est son objectif ?

Faire en sorte que les gens se réapproprient l’argent en sachant à quoi il sert quand ils le dépensent. Aujourd’hui, 95 % des transactions financières quotidiennes sont purement spéculatives et ne correspondent à aucun bien ou service. La monnaie locale - elle - supprime toute spéculation. Elle perd même de la valeur si on ne l’utilise pas (2 % de moins tous les 6 mois) et donc elle pousse celui qui la détient à la dépenser, ce qui dynamise l’économie locale. D’ailleurs le taux de rotation annuel d’un coupon-billet est de 4 à 5, deux fois celui d’un billet euro !

Cela se traduit comment ?

Par une création de circuits courts et d’emplois sur le territoire. Nous avons l’exemple d’un agriculteur qui vend désormais directement au boulanger sa farine et qui s’est mis à cultiver du seigle pour fournir un fabricant de pain d’épices local. L’Abeille comme monnaie d’échange a permis de développer un réseau économique de 160 entreprises locales - restaurateurs, agriculteurs, éleveurs, maraîchers, vignerons, imprimeur, magasin de produits d’entretien, coiffeur, fleuriste, etc… Cela représente plus de 400 adhérents, avec 120 000 titres en circulation.

Qui peut entrer dans le réseau ?

C’est avant tout un label de qualité, qui privilégie l’agriculture paysanne et familiale, et biologique. Il exclut la grande distribution ou l’agriculture intensive. Nous avons établi une charte rigoureuse qui oblige nos membres à acheter et vendre des produits locaux et équitables

Et vous recevez des aides des collectivités territoriales ?

Non, et nous ne recherchons pas de subvention. Pour rester indépendant et autonome, le système est entièrement financé par les utilisateurs. Mais les choses bougent : la récente loi sur l’Economie Sociale et Solidaire tend à donner un statut aux monnaies locales et à reconnaître leur utilité.

Propos recueillis par Gaëtan DELMAR