Pour que les hommes vivent
de la terre durablement

La sécurité alimentaire mise en péril par le réchauffement climatique

Jean JOUZEL, Vice-Président du GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat)

Quelle est la mission du GIEC ?

Dans les années 80, les climatologues accumulent les arguments sur les risques de réchauffement du  fait des gaz à effet de serre (GES). Les membres du G7 - convaincus de ce risque - décident de créer le GIEC en 1988 sous les auspices de deux organisations onusiennes, le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) et l’OMM (Organisation Météorologique Mondiale).

Précisément : « Evaluer, sans parti-pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique,technique et socio-économique nécessaires pour mieux comprendre les risques liés au réchauffement climatique d’origine humaine, cerner plus précisément les conséquences possibles de ce changement et envisager d’éventuelles stratégies d’adaptation et d’atténuation ».

Le GIEC n’a pour mandat ni d’entreprendre des travaux de recherche, ni de faire des recommandations aux décideurs politiques. Un des objectifs du GIEC est de fournir aux décideurs politiques les éléments pour qu’ils puissent prendre des décisions. Les rapports sont publiés tous les 5 ou 6 ans et le résultat d’une démarche « d’expertise collective ».


Quels sont les enjeux et les solutions pour les paysans face au changement climatique ?

Le monde agricole est impliqué à différents titres. En France, agriculture et sylviculture contribuent pour une part importante - plus des trois quarts - aux émissions de méthane et de protoxyde d’azote qui comptent pour environ 25 % dans les émissions de GES de notre pays. Les rendements agricoles sont déjà sensibles au réchauffement climatique et les impacts d’un réchauffement non maîtrisé - accompagné dans certaines régions de sécheresses à répétition - risquent d’être très négatifs pour le monde paysan, en France mais, encore plus, dans d’autres parties du monde plus vulnérables. Au point que la sécurité alimentaire pourrait être mise en péril. Nos campagnes ont donc une formidable carte à jouer pour favoriser le stockage du carbone dans les sols et développer des énergies renouvelables - biomasse, solaire et éolien.


Pourquoi ce décalage entre les alertes du milieu scientifique et la lente prise de conscience de l’opinion publique et politique ?

Les politiques ont d’une certaine façon réagi rapidement en mettant en place la Convention Climat dès 1992 et en y inscrivant l’objectif d’un réchauffement à long terme qui serait limité à 2°C par rapport au climat pré-industriel ; là où le bât blesse … c’est le passage à l’action. Quant à l’opinion publique, le message du GIEC a longtemps été brouillé par les climato-sceptiques. Certes leur action est désormais moins visible, mais nous avons collectivement une difficulté à accepter la réalité d’un réchauffement à venir et la nécessité, pour y faire face, d’un changement de mode de développement qui nous concerne tous.


Et le rôle d’une ONG comme AVSF dans tout cela ?

Le mot clé d’un monde capable de respecter l’objectif 2°C est « SOLIDARITE ». Et de ce point de vue, la dynamique d’Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF) est à l’évidence cruciale pour développer l’agriculture paysanne probablement la plus apte à assurer la sécurité alimentaire et protéger la santé animale, qui elle-même pâtira du réchauffement.

Propos recueillis par Gaëtan Delmar