Pour que les hommes vivent
de la terre durablement

- de pesticides et + de rendement

Valentin Beauval, bénévole chez AVSF, a été paysan pendant 30 ans.

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Depuis les années soixante, les « révolutions vertes  »  qui  se  sont succédées ont reposé sur l’utilisation de variétés « améliorées » (mais moins rustiques que les variétés paysannes), d’engrais chimiques, de pesticides et une motorisation croissante. Dans les zones aux conditions favorables, elles ont effectivement fortement accru les rendements. Mais on connaît maintenant leurs impacts négatifs sur l’environnement et la santé humaine.

Biocide = tue la vie
Les pesticides les plus courants sont des herbicides, des insecticides et des fongicides. Tous sont des biocides qui permettent de «protéger le potentiel de production d’une culture», au détriment de la biodiversité végétale et animale et souvent de la santé humaine. Pendant plusieurs décennies, des molécules très toxiques ont été employées à grande échelle dans les pays du Nord et du Sud. Parmi elles, des insecticides de type organochlorés (DDT, HCH, chlordécone) ou organophosphorés, carbamate et des désherbants aux importants effets collatéraux (colorants nitrés, paraquat, 245-T, atrazine, diuron et autres urées). Des sols et des eaux superficielles ou profondes des zones agricoles intensives sont maintenant gravement et durablement polluées. Et certaines de ces molécules sont toujours employées alors que l’on connaît maintenant très bien leurs impacts sur la santé humaine.

Vous avez dit « soft » ?...
Sous la pression des opinions publiques et de certains gouvernements (cf. pays signataires de la convention de Rotterdam), les firmes phytosanitaires cherchent à améliorer leur image avec des molécules plus « soft ». Mais si la toxicité immédiate a été réduite, les effets différés sont trop souvent préoccupants. Beaucoup de fongicides présentent des risques cancérigènes à moyen et long terme, et des insecticides systémiques agissant à de très faibles doses comme les tristement fameux Gaucho (imidachlopride) et le Régent (fipronil) sont déjà interdits dans plusieurs pays.

LE grand challenge...
Il   faut   cependant    augmenter    la    production    agricole,    notamment    dans     des     pays     tropicaux à  forte démographie où la pullulation des ravageurs est plus rapide que dans les pays à climat froid ou tempéré.
Face à ces impératifs, la réponse d’Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières est plurielle. Accroître la biodiversité cultivée, introduire dans les cultures des plantes qui piègent ou éloignent les insectes (technique du push-pull), observer attentivement les cultures et les périodes d’apparition des ravageurs, biner mécaniquement les cultures (avec  traction animale ou tracteur) plutôt que  désherber chimiquement sont autant de méthodes qui permettent de ne plus traiter de façon aussi systématique,  voire  de  ne  plus  traiter du tout. Sans parler des méthodes de lutte biologique (mini-guêpes détruisant  les  chenilles  ou  papillons,  pièges  à  phéromones,  méthodes  douces  anti-pucerons)  qui voient le jour depuis quelques années et deviennent accessibles aux fermes familiales.

Les précurseurs de l’agriculture bio ont bien ouvert la voie, mais pour certaines productions (céréales, coton, colza), la solution « zéro pesticide » ne permet pas encore de sécuriser les rendements. C’est donc en continuant à travailler avec la Recherche, des structures de conseil agricole et des groupes de « paysans expérimentateurs » que l’on pourra étendre  le « champ des possibles », tout en gardant comme objectifs de limiter les dépenses et de maintenir ou accroître l’autonomie des familles paysannes.

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