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Garder le contrôle des semences en Haïtï

De plus en plus dépendant des importations alimentaires, Haïti ne couvre plus aujourd’hui que 40% de ses besoins. Les produits locaux sont « oubliés » par la jeunesse haïtienne.

Garder le contrôle des semences en Haïtï Image principale

Dans ce contexte, AVSF soutient le Mouvement Paysan Papaye (MPP), dans la région du haut plateau central. Fondé en 1979, le MPP est une organisation paysanne rassemblant paysans et jeunes travailleurs ruraux, avec laquelle AVSF travaille depuis plusieurs années sur un projet d’insertion des jeunes ruraux et de formations en agroécologie.

Une « invasion » de 400 tonnes

Après le tremblement de terre du 12 Janvier 2010, Monsanto avait offert 400 tonnes de semences de maïs au gouvernement haïtien. Le MPP s’était alors mobilisé pour sensibiliser la société civile au risque de ces semences transgéniques ou hybrides : une fois introduites sur le territoire haïtien, ces semences menaçaient d’éliminer les variétés locales, cultivées depuis plus de deux siècles et avec elles, l’agriculture paysanne toute entière.
Le 5 juin 2010, une grande manifestation organisée par le MPP mobilisait plus de 20 000 personnes, pour dénoncer le projet « Winner » financé par USAID (l’agence publique américaine d’aide au développement) qui distribuait les semences Monsanto. Résultat : projet et distributions furent stoppés.

Semences hybrides = dépendance

Les semences hybrides, hormis leurs avantages indéniables et leur innocuité pour la santé, ont pour les agriculteurs un inconvénient majeur : elles doivent être rachetées chaque année. Elles engendrent ainsi une formidable dépendance dont souffrent déjà aujourd’hui de nombreux pays africains et sud-américains. Dans les pays occidentaux, l’investissement en semences hybrides est minime. Par contre, dans les pays en voie de développement, c’est un achat si coûteux qu’il empêche presque toute reconquête de souveraineté alimentaire.

Le marché mondial des semences, évalué à 30 milliards de dollars par an, est presque intégralement contrôlé par 10 multinationales dont Monsanto, Syngenta, Cargill et Limagrain. Et il est choquant de voir transformer en marchandise un patrimoine naturel commun, dont la gestion devrait appartenir à ceux qui produisent les aliments pour nourrir la planète : les paysans.

Recenser, conserver et propager

Pendant deux mois, l’équipe technique du MPP a recensé et identifié toutes les variétés de semences cultivées ou conservées par la paysannerie du plateau central. Elle a récupéré des semences, des plantes médicinales en voie de disparition ou tombées dans l’oubli. Cette collecte a fait l’objet d’une exposition lors d’une foire aux semences et a permis de distribuer gratuitement à 1 500 personnes un sachet de plus de 20 variétés de semences.
A travers cette mobilisation citoyenne et ces actions militantes, le MPP poursuit son travail de plaidoyer pour les semences rustiques locales, vitales pour la souveraineté alimentaire d’un pays en voie de développement comme Haïti.

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