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La solidarité, une tradition dans le milieu paysan

Jean-Claude Monerot, spécialiste des semences et formateur au Mouvement Paysan Papaye, organisation paysanne haïtienne

Les paysans haïtiens sont-ils prêts à produire leurs semences ?

Ils ont les connaissances de base pour les sélectionner en fonction de leur résistance et améliorer leur rendement. Ce qui leur manquait au départ, c’est le fonds de roulement constitué par le Mouvement Paysan Papaye qui leur permet d’acheter les semences moins cher que sur le marché conventionnel. Les années passant, on voit que le troc et les dons entre paysans fonctionnent bien.

Comment se diffusent les semences paysannes en Haïti ?

Il y a très peu de boutiques d’intrants agricoles et ce sont surtout les organisations paysannes qui aident les paysans à sélectionner les variétés et à s’approvisionner d’une saison sur l’autre. Il s’agit surtout de semences vivrières, telles que maïs, manioc, igname, bananes, tarot, patate douce, et de céréales, millet, sorgho.

Quels sont vos critères de sélection ?

D’abord la résistance aux maladies et aux différents nuisibles, et bien sûr la productivité pour augmenter les rendements agricoles. Depuis quelques années, il faut y ajouter un cycle végétatif court et une bonne résistance à la sécheresse, à cause du changement climatique. La solidarité est une tradition dans le milieu paysan haïtien et on échange naturellement produits et services. Au moment des semis, celui qui a conservé quelques marmites de semences de maïs les troque contre des semences de pois Congo, conservées par un autre. Et au moment de préparer le sol et de planter, on troque aussi des journées de travail.

Et où en est votre combat contre les semences OGM ?

Nous continuons à prouver chaque année l’importance des semences locales pour l’économie haïtienne à travers expositions et foires, tous les 1er mai et 5 juin. On donne parfois des primes aux paysans qui ont exposé les plus beaux produits, et on distribue des semences de différentes variétés et des plantules fruitières, forestières et médicinales à tous les participants, agriculteurs ou pas. Pour éviter la disparition des semences locales, il faut absolument valoriser à la fois leur production et leurs producteurs.

Propos recueillis par Gaëtan DELMAR 

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