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18 ans à photographier les paysans du monde

Philippe ROCHER, photographe professionnel

Philippe ROCHER a été photographe pour AVSF pendant 18 ans. Il revient sur son parcours et nous livre ses meilleurs (ou pires) souvenirs de missions.

Présente-nous ton parcours, ta rencontre avec le monde paysan…

Je suis parisien d’origine et quand j’étais jeune j’allais chez mon oncle qui était paysan. J’ai ensuite fait un DUT biologie appliquée, option agronomie. J’ai été formé pour être conseiller agricole dans les chambres d’agriculture. Ca ne me plaisait pas, je n’ai donc jamais exercé cette profession. J’ai alors suivi des études de sociologie.

La photo, c’est ta passion ? Ton  métier ? Les deux ?

J’ai commencé la photo à 14 ans, en faisant des tirages en noir et blanc. Mais ce n’était pas une perspective professionnelle, c’était plus une passion. En 1984, j’ai rencontré un photographe qui travaillait pour la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) et qui partait plusieurs fois par an en mission. Il m’a dit que je pouvais faire de la photographie mon métier, ça a été le déclic ! Je l’ai accompagné au Mali. Il travaillait aux abattoirs de Bamako, sur le thème des viandes au Mali. De l’aéroport, nous sommes partis directement aux abattoirs. C’était plutôt difficile comme découverte de l’Afrique ! Le lendemain matin, j’ai traversé Bamako sur le porte bagage de la mobylette de mon hôte malien. C’était impressionnant ! Maintenant, je fais aussi de la vidéo. Et je photographie essentiellement les animaux de compagnie, notamment les oiseaux.

Raconte-nous ton expérience avec AVSF ?

J’ai pris contact avec AVSF en 1988 car ils traitaient de sujets dont j’étais proche. Lors de ma première mission en Afghanistan, il n’y avait pas de toilettes, pas de douche. Pour aller se laver, on allait dans un ruisseau. C’était assez épique ! On a même franchi un col à plus de 4000m. C’était ma mission la plus physique.
Ensuite, je suis parti à Tombouctou au Mali où j’ai travaillé avec les touaregs, puis au Cambodge. Il y avait une lumière extraordinaire, c’était très visuel pour les photos. Après, j’ai fait une mission en Guinée. Cette mission s’était mal passée. Je me déplaçais en transports en commun guinéen, les personnes que je devais rencontrer n’étaient pas présentes… Mais ce sont les aléas du terrain. Je suis aussi parti en Palestine au début des années 2000, pour travailler avec les éleveurs de Cisjordanie. On s’était pris des pierres sur les bagnoles ! C’était rude, l’ambiance était assez tendue.
J’ai fait ensuite une mission en Bolivie, c’est un très bon souvenir ! Je travaillais avec Roberto APARICIO, coordinateur AVSF, amateur lui aussi de photographie. On se levait très tôt pour pouvoir faire de belles prises, notamment sur les hauts plateaux boliviens.

Comment se passait la relation avec les paysans ?

Les rencontres étaient davantage basées sur l’émotion que sur l’échange car nous ne parlions presque jamais la même langue. Je demandais toujours leur accord aux paysans pour les photographier en leur montrant mon appareil photo. C’était vraiment rare qu’ils refusent. Je travaillais dans des zones peu touristiques, c’était donc valorisant pour eux d’être pris en photo ! En tout cas, de mon côté, je préférais photographier des paysans en train de travailler plutôt que des paysages.

Comment perçois-tu cette expérience avec AVSF ?

Pour moi, c’était un acte militant ! Et ces missions avec AVSF font partie de mes meilleurs moments professionnels ! Mais je me souviens aussi d’une rencontre avec un berger en Ariège. Pour la réalisation d’un livre sur les races de vache en France, je souhaitais photographier ses gasconnes, une très belle race. Pour rejoindre le troupeau, il y avait trois heures de marche ! Avec lui, je pouvais communiquer, mais c’était le même type de ressenti que j’avais avec les éleveurs sur les projets d’AVSF.
Aujourd'hui, mes enfants sont grands et je me sens prêt à repartir en mission pour rapporter des photos et des vidéos des projets.

Propos recueillis par Marine FOULON