Pour que les hommes vivent
de la terre durablement

« Des gens qui vivent bien de l’agriculture »

Marie BOYEUX et Léo LENEE-CORREZE, agronomes

Marie BOYEUX et Léo LENEE-CORREZE, deux jeunes agronomes, sont allés rencontrer les acteurs du monde agricole en Amérique Latine. Ravis de leur voyage, ils nous expliquent leur projet et nous racontent leurs meilleures rencontres.

Vous revenez d’un voyage d’un an en Amérique Latine, quel était votre projet ?

Léo : Notre projet était de partir à la rencontre d’agriculteurs pour approfondir notre connaissance de l’agroécologie et des savoir-faire paysans. Nous prévoyons aujourd’hui d’écrire un livre avec les portraits des agriculteurs que nous avons rencontrés, ce qui sera aussi une façon de remercier les personnes qui ont aidé, avant et pendant le voyage.

Marie : Je suis d’abord partie toute seule au Mexique, puis nous nous sommes rejoints au Chili, en Argentine, en Bolivie, au Pérou et on a terminé par l’Equateur. L’idée était effectivement de découvrir plutôt des projets agroécologiques, même si cela ne nous a pas empêché d’aller dans des fermes où les agriculteurs travaillaient de façon plus conventionnelle. Nous avons par exemple travaillé dans une grande ferme de 20 000 hectares en Argentine. D’ailleurs, nous avons rencontré des paysans mais aussi des militants, des ingénieurs, des chercheurs et des associations. Il était important pour nous de voir différentes agricultures. En effet, on souhaite s’installer en tant qu’agriculteurs, l’objectif du projet était donc aussi de déterminer quel type d’agriculture nous allions pratiquer. On savait qu’on travaillerait avec des valeurs agroécologiques avant de partir mais on ne savait pas exactement ce dont on avait envie. Et il s’avère que ce sera plutôt l’agroécologie.

Quelle est votre définition de l’agroécologie ?

Léo : Pour nous, l’agroécologie s’appuie sur les savoir-faire locaux des paysans et essaye de développer localement des ressources.

Marie : Ce ne sont pas des ingénieurs qui sont dans des laboratoires et qui émettent des principes et des théories pour les exécuter ensuite sur le terrain. L’agroécologie, ce n’est pas que du technique, que de l’agronomie, c’est aussi du social, de l’économie, du sociétal. C’est une approche vraiment systémique du territoire.

Qu’avez-vous retenu des projets d’AVSF en Equateur ?

Léo : Ce que l’on a vu en Equateur, c’était très complet. Rosa MURILLO, responsable de projet, nous a montré et expliqué ce qui avait été fait. Tout d’abord, AVSF a réalisé tout un travail d’état des lieux dans la région. Des enquêtes ont été réalisées auprès des paysans pour recenser les savoir-faire dont ils disposent, savoir où ils vendent leurs produits, quels sont les freins au développement de leur agriculture, etc. Il y a ensuite eu une phase de développement avec l’organisation de réunions et de formations avec les agriculteurs. Il s’agissait aussi d’aider administrativement les agriculteurs afin qu’ils puissent obtenir un espace de vente sur les marchés. On a trouvé aussi très intéressant le fait qu’AVSF forme des leaders qui puissent porter et poursuivre le projet après le départ de l’association.

Marie : J’ai été vraiment impressionnée par ce qui a été fait là-bas, autant en termes de circuits courts, de vente directe, de valorisation du savoir-faire paysan… Au niveau économique, c’est quand même 10 % des petits agriculteurs du territoire qui sont concernés, ce n’est pas anecdotique. Aussi, avec l’agriculture, les femmes retrouvent une place cohérente dans la société. C’est la première fois que l’on a vu tous ces aspects de l’agroécologie en même temps ! De manière plus globale, ce que nous avons vu, ce sont simplement des gens qui vivaient de l’agriculture et qui vivaient bien. Ca fait rêver ! Ils étaient épanouis dans ce qu’ils faisaient, ils avaient une vie familiale et sociale, ils étaient fiers de ce qu’ils produisaient. Ils en vivaient bien économiquement aussi. Je trouve qu’AVSF, par le travail de Rosa MURILLO en particulier, a réussi à valoriser tant le potentiel du territoire, que le potentiel humain, agricole et économique. On n’a jamais vu des marchés comme ceux que l’on a vu en Equateur ! Et les fruits que l’on a mangés étaient vraiment délicieux !

Avez-vous une anecdote à nous raconter sur votre voyage ?

Marie : Oui, celle de mon anniversaire en Equateur, les mains dans les haricots, avec des gens passionnés et passionnants. Nous nous sommes levés à 4 heures du matin pour récolter des haricots avec deux jeunes agriculteurs. On en a récolté toute la journée, on avait des crampes partout. Et le soir, on a mangé du cochon d’Inde, une spécialité locale, avec des haricots et un gratin de patate douce. C’était un bel anniversaire et je pense que c’est assez représentatif de l’année, de ce qu’on a découvert avec AVSF en Equateur : des gens qui partagent, qui nous reçoivent comme des rois, qui bossent comme des fous. Nous leur avons donné des petits coups de main, et eux nous ont beaucoup apporté. Surtout Rosa, c’est une femme modèle pour moi !  


Propos recueillis par Marine FOULON

DECOUVRIR LE TEMOIGNAGE DE ROSA MURILLO