Pour que les femmes et les hommes
vivent de la terre durablement

Prouver qu’une autre agriculture est possible

Gauthier RICORDEAU, chargé de programme chez AVSF et paysan

Gauthier RICORDEAU a travaillé de nombreuses années avec AVSF et avec les paysans malgaches. Ses expériences lui ont donné progressivement l’envie de devenir lui-même paysan. Il nous livre son témoignage.

Présente-toi en quelques mots, ton parcours…

Dès mon année de terminale, je me suis intéressé à l’association Agronomes et Vétérinaires sans Frontières. J’ai particulièrement apprécié l’idée qu’elle apporte une aide non seulement aux paysans mais aussi aux éleveurs, car avoir des animaux en bonne santé, c’est une forme d’épargne pour les familles d’éleveurs. A ce moment, j’ai eu l’occasion de visiter une ferme. Les bottes aux pieds, dans la terre, j’ai eu un déclic !
J’ai suivi des études d’ingénieur en microbiologie et sécurité alimentaire. Après mes études, je suis parti en mission à Madagascar pour l’AFDI (Agriculteurs Français et Développement International) afin d’accompagner des coopératives paysannes et développer des filières. D’où je travaillais, la première ville était à 7 heures de route, il n’y avait pas de ligne téléphonique, c’était l’immersion totale ! J’ai ensuite eu l’opportunité de travailler avec les Maisons Familiales Rurales (MFR) de Madagascar et de contribuer ainsi à développer les centres de formations pour les paysans malgaches qui, il y a quelques années encore, n’avaient pas conscience qu’ils pouvaient s’organiser et se former. Nous travaillions aussi bien sur le terrain avec les familles qu’avec l’Etat pour mettre en place une politique de formation agricole rurale, et donc apporter des changements structurels dans le pays.

Quel était ton rôle pour AVSF ?

J’ai d’abord travaillé avec AVSF en tant que coordinateur national à Madagascar. Et après 7 ans passés à Madagascar, je suis devenu chargé de programme au siège d’AVSF à Lyon pour poursuivre le travail effectué sur le terrain mais aussi pour travailler sur d’autres aspects comme le plaidoyer et partir en mission pour d’autres pays comme le Togo et Haïti. Cela m’a permis de souffler un peu. En 2009, il y avait eu un coup d’Etat à Madagascar, c’était très difficile ! La situation du pays s’était dégradée et nous avions l’impression, avec les MFR, que tout ce que nous avions fait était réduit à néant. Heureusement, rien n’est jamais perdu, et les dynamiques ont repris progressivement.

Tu t’installes bientôt comme agriculteur, pourquoi ce choix ?

Lorsque j’étais chargé de mission pour AVSF à Madagascar, l’agriculture paysanne et l’agroécologie étaient les piliers de mon travail. La plupart de projets consistaient à aider les paysans à développer un modèle d’agriculture adapté à leur situation, à leur terroir. J’ai eu envie de faire un peu la même chose et par moi-même.
Aussi, mon poste au siège m’avait quelque peu éloigné du terrain ; or il est important pour moi d’être en contact avec la nature. L’idée est donc de revenir à des tâches plus concrètes, de travailler avec mes mains.

Quel type d’agriculture vas-tu mettre en place ?

Associé à un fermier déjà en activité, je vais faire de l’élevage de cochons en plein air en agriculture bio. Nous en assurerons nous-mêmes la transformation puis la vente directe par le biais d’une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne). Nous produirons aussi des céréales pour nourrir les cochons.
Il y aura autour toute une logique de partage des ressources sur le territoire. La transformation se fera par exemple dans un atelier partagé avec trois autres fermes. Ces dynamiques collectives permettent d’être plus efficient économiquement, de créer de l’emploi, de dynamiser les circuits locaux et d’avoir un modèle durable pour les terres et l’environnement. Elles nous permettront surtout d’avoir une ferme à taille humaine avec une vingtaine de truies et la vente de 200 à 300 cochons par an. Je pourrais même connaître le prénom de chaque truie !

Pourquoi c’est autant important pour toi l’agriculture paysanne ?

D’abord, parce que pratiquer l’agriculture paysanne, c’est s’inscrire dans une logique collective, en s’intégrant dans des organisations paysannes, des filières de commercialisation locales, etc. C’est très stimulant pour moi.
Et aussi parce qu’elle comporte un enjeu politique. Il s’agit de donner une vision de ce que peut être le développement du territoire mais aussi d’imaginer un autre rapport de la société aux ressources naturelles, un rapport qui ne soit pas marchand. Pour moi, réussir à développer une ferme en agriculture paysanne agroécologique, c’est prouver qu’un autre modèle est possible et viable.

Propos recueillis par Marine FOULON