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Semences paysannes VS semences industrielles

Marc DUFUMIER, agronome et enseignant-chercheur

Marc DUFUMIER, agronome et enseignant-chercheur, défend avec conviction l’agroécologie pour lutter contre le dérèglement climatique. Il nous a livré plus précisément ses arguments en faveur des semences paysannes.

Que sont les semences paysannes ?
Les semences paysannes sont des semences qui font l’objet d’une sélection par les paysans eux-mêmes.
En effet, pour ensemencer leurs champs d’une année sur l’autre, les paysans vont chercher dans leurs propres champs des semences sur les plants les moins affectés par les insectes. En fait, ils suivent le même processus que leurs parents, grands-parents, etc… Les semences paysannes sont donc issues de plusieurs décennies, voire de siècles, de sélection. Cette sélection se base sur un critère majeur, qu’est l’adaptation à l’environnement local. Par conséquent, chaque variété de semences correspondant à chacun des environnements, les paysans disposent d’une multitude de variétés. Ces variétés sont dites « tolérantes » à la présence de ravageurs et d’agents pathogènes ; c’est-à-dire qu’elles empêchent elles-mêmes aux insectes de l’attaquer et donc permettent d’éviter l’utilisation de pesticides.

Et les semences industrielles ?
A contrario, les semences industrielles sont issues de compagnies semencières de l’agriculture industrielle. Pour qu’elles soient rentables, les chercheurs sont obligés de créer des variétés qui puissent être utilisées sur de très grandes surfaces. Et pour cela, il faut éliminer tous les gènes porteurs de caractéristiques trop locales des variétés de semences. Il est vrai que dans 95% des expériences menées par les compagnies semencières, la variété améliorée va donner un rendement supérieur aux autres. Mais pour évaluer le rendement des variétés industrielles, les semences sont plantées dans des « stations expérimentales ». Et pour que l’endroit ne soit pas sensible aux chenilles, champignons, mauvaises herbes, sont utilisés des pesticides, des fongicides et des herbicides chimiques. Ces produits tuent en principe seulement les insectes et pas les humains, mais on découvre aujourd’hui que ce n’est pas si vrai…

Et cela implique quoi exactement ?
Pour amortir le coût important de la recherche, il a été décidé que seules les semences industrielles pouvaient être cultivées, échangées et vendues.
Les paysans doivent donc adapter leur environnement à un faible nombre de variétés et donc l’homogénéiser pour que leurs champs ressemblent aux « stations expérimentales ». Ainsi, les compagnies semencières peuvent accompagner la vente des semences améliorées par la vente de pesticides, fongicides, etc. Serait-ce une coïncidence ? Je laisse le soin aux lecteurs de juger par eux-mêmes…

Quelles sont les conséquences de l’utilisation de semences industrielles pour les paysans ?
Tout d’abord, l’utilisation de semences industrielles permet aux paysans d’accéder à un certain nombre de projets de développement agricole car l’accès au crédit est parfois conditionné par l’achat de ces semences améliorées. Les paysans découvrent dans un premier temps que ces semences peuvent donner de très bons rendements. En effet, il se peut que la quantité de nourriture disponible pour la famille et parfois même la valeur ajoutée du produit brut soient supérieures. Les désillusions viennent après un certain temps lorsque les déséquilibres écologiques liés à l’emploi d’engrais de synthèse et surtout de pesticides commencent à intervenir. Par exemple, lorsqu’un insecte résistant aux pesticides commence à proliférer. Pour rétablir ensuite l’écosystème, il va falloir encore plus de temps : c’est très difficile à réinverser.

Quels conseils donneriez-vous aux paysans du Sud ?
Je leur dirai de continuer à associer les cultures, c’est-à-dire d’évaluer la performance des variétés en association et non pas toutes seules comme c’est le cas dans les « stations expérimentales ».Je leur conseillerai également de ne pas spécialiser leur système de production mais au contraire d’avoir plusieurs espèces tels que le mil, le sorgho… Il est important que les paysans poursuivre la diversification de leur système de production à l’échelle de l’unité de production. Ce qui est sûr c’est qu’il ne faut rien leur imposer mais il est important de les mettre en garde ! 

Propos recueillis par Christophe LEBEL
Crédit photo : E. ROBERT-ESPALIEU

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