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de la terre durablement

Bolivie : des droits paysans récupérés

Ce projet AVSF d’aide à la démocratie locale et à la sécurité alimentaire à Tomina, province de Sucre, avait été programmé de 1987 à 2001. En avril 2013, AVSF lance une évaluation d’impact dans le cadre de sa politique de suivi-évaluation.

Bolivie : des droits paysans récupérés Image principale

En arrivant à Tomina en 1987, les équipes AVSF constatent une discrimination flagrante des populations paysannes indiennes, qui ne sont tolérées dans le village que le jour du marché. Seuls 2% des paysans possèdent un titre de propriété, les grands propriétaires fonciers imposent des travaux non rémunérés aux paysans sans terre, tandis que d’autres sont contraints à migrer saisonnièrement pour récolter le coton et la canne à sucre. Avec  en toile de fond, le déboisement dû à la production de charbon de bois, dégradant les ressources en eau et accélérant l’érosion des terres.

Une approche participative

Dès 1988, l’équipe franco-bolivienne du projet réalise un diagnostic participatif afin de mieux connaître la zone, ses habitants, les obstacles au développement et gagner la confiance des acteurs locaux. Interrogés 25 ans plus tard pour l’évaluation, les paysans considèrent que la formation organisée par AVSF après ce diagnostic initial a été l’élément le plus déterminant pour eux.

Le renforcement de la coopérative grâce à la formation de ses membres, a conduit à l’élection d’un paysan comme maire en 1995 et à l’expulsion en 1996 des producteurs de charbon de bois sur des terres usurpées. Deux évènements fondateurs pour renouveler la cohésion des communautés.

Pour une renaissance du collectif…

La formation sur le terrain à partir de réalisations concrètes (ouvrages d’irrigation, pépinières, reboisement avec des espèces locales, diffusion de semences de pomme de terre, formation au compostage…) a constitué la base d’une gestion participative, assumée progressivement  par les communautés. Elle aboutit à la mise en place de normes de gestion collectives des ressources naturelles. Douze ans après la fin du projet, les structures communautaires continuent d’appliquer leurs propres normes pour les coupes de bois, la gestion des pâturages, les tours d’eau…

Des succès concrets 12 ans après

L’appropriation durable des innovations techniques et organisationnelles  est confirmée par un reboisement en espèces locales (280 000 plants), et la construction de barrages irriguant des dizaines d’hectares. Les rendements de pomme de terre ont été multipliés par 3 ou 4 et les petits paysans regroupés commercialisent leurs récoltes sans passer par des intermédiaires. Autres innovations techniques, la fumure organique, la gestion des pâturages, le développement des cultures de légumes et de plantations d’arbres fruitiers se sont répandues. La comparaison avec les communes voisines (Padilla, Tarvita, Azurduy) prouve que la terre cultivable est mieux exploitée à Tomina. Le niveau nutritionnel et l’état sanitaire se sont améliorés, faisant grimper le nombre d’habitants depuis 1992 contrastant avec un exode marqué dans les communes limitrophes.

Finalement, dans un contexte au départ défavorable aux populations indiennes, leur formation à l’exercice des responsabilités et à la gestion de projet a initié un développement durable. La reconnaissance officielle des titres de propriété foncière prouve, s’il en est besoin,  la pérennité du projet de 1987.