Pour que les femmes et les hommes
vivent de la terre durablement

Féminisme et lutte contre l'accaparement des terres, même combat !

Rencontre avec Carmela Xol, indigène Q’eqchi qui lutte au sein de l’ONG APROBA SANK pour la défense des droits paysans indigènes et la place des femmes au Guatemala.

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Quelle forme prend l’accaparement des terres Q’eqchi ?

Les cultures intensives de café, l’élevage, puis plus récemment de palme africaine s’étendent. Sous diverses pressions - prêts à taux élevés, menaces - les paysans doivent céder leurs meilleures terres : celles avec un accès direct à la route ou aux ressources en eau dont dépendent les communautés. Ceux qui résistent sont victimes d’intimidations, voire même d’assassinat. Une fois démunies, les familles se désintègrent, les enfants sont exploités et obligés de travailler au lieu d’aller à l’école, et le système patriarcal se trouve conforté au détriment des femmes.

Que peuvent faire les communautés pour résister?

Les structures communautaires qui résistent sont celles dont les autorités respectent la mixité homme-femme et qui disposent de règles internes, comme la distribution à parts égales des terres entre hommes et femmes ou l’élaboration de cadastres communautaires. Celles qui n’en ont pas sont plus exposées à la perte de leurs terres et leurs ressources (terres, eau, forêts).

Et sur le plan politique ?

En 2017, j’ai été la première et seule femme à siéger au Conseil de Développement Municipal de Chisec, parmi les 13 élus des microrégions de la municipalité. Je me suis particulièrement attelée à la question des distributions de fonds et des modalités de travail du conseil municipal. Des propositions telles qu’une répartition plus juste d’un impôt foncier entre les entreprises de palme, les restaurants et les grands magasins et les communautés paysannes, le reversement d’une partie des revenus de l’entreprise Energuate (éclairage public) au budget municipal, la fermeture des lieux clandestins de ventes d’alcool pour limiter les violences faites aux femmes, ou encore la reconnaissance du vote féminin dans les espaces de décisions ont permis des avancées pour toute la population.

Quels sont vos prochains défis « au féminin » ?

Déjà, occuper ce niveau de décision politique en tant que seule femme dans un Conseil composé d’hommes a été un grand défi à relever. Le prochain défi sera de continuer à occuper mes fonctions et de faire élire cette année, 2 ou 3 autres femmes dans d’autres espaces de décisions pour qu’à leur tour, elles fassent entendre les droits des femmes.

Et si on devait privilégier une avancée en faveur des femmes ?

Sans hésiter, le marché paysan. Négocié en direct par la communauté avec le maire de Chisec, ce sont en majorité les femmes d’agriculteurs qui l’animent chaque samedi, en y vendant les récoltes. Elles y ont gagné un espace d’échange, de partage d’expériences, et un vrai rôle économique au sein de leurs familles. Avec un gain annuel moyen de 5 500€, elles contribuent désormais aux études des enfants, à la construction de la maison… Certaines ont même offert une moto à leur mari ! Et au-delà de cette autonomie économique aux femmes, le marché paysan a aussi redonné toute sa souveraineté alimentaire à notre municipalité.