Pour que les femmes et les hommes
vivent de la terre durablement

Haïti : des innovations agricoles au service d’agricultures paysannes souvent précarisées

En Haïti, AVSF mise sur l’innovation pour renforcer l’efficacité des exploitations agricoles, les capacités de leadership et l’autonomie financière des populations paysannes les plus précaires.

Haïti : des innovations agricoles au service  d’agricultures paysannes souvent précarisées Image principale

80% de la production agricole haïtienne repose sur l’agriculture familiale paysanne, laquelle joue un rôle fondamental tant en termes de sécurité alimentaire, que de création d’emplois. Pourtant, les familles paysannes, en particulier les plus précaires, n’arrivent pas toujours à défendre leurs intérêts pour assurer leur sécurité alimentaire et améliorer leurs revenus. Lorsque les familles sont regroupées en organisations, les femmes y sont sous-représentées, particulièrement aux niveaux décisionnels.

Démarré en 2018 pour une durée de 4 ans, le programme d’appui à la gouvernance agricole et inclusive a pour objectif de contribuer au renforcement des capacités des organisations paysannes dans 2 départements du Sud Ouest d’Haïti. Les habitants de ces départements - plus de 120 000 personnes, parfois en situation de grande vulnérabilité - bénéficieront indirectement du programme, qui contribuera à l’augmentation de la production agricole et à une plus grande sécurité alimentaire.


Des zones enclavées et vulnérables aux aléas climatiques

Les zones d’intervention montagneuses sont difficiles à parcourir en raison de leur isolement et de routes peu praticables. Elles sont régulièrement sujettes aux catastrophes naturelles : cyclones, ouragans, séismes ou sécheresse. Alors que des familles paysannes se relevaient à peine de l'ouragan Matthew de 2016, le séisme du 14 août 2021 suivi de la tempête Grace trois jours après les ont replongées dans la précarité. Au total, ce sont plus de 20 000 maisons qui ont été détruites, des terres, des animaux et des outils perdus mettant ainsi en péril la saison agricole annuelle et leur capacité à se nourrir. De son côté, L’État, très fragile, peine à agir. Pour répondre au mieux aux besoins des organisations paysannes, le projet déploie une équipe permanente de quinze personnes, pour renforcer au niveau technique et organisationnel plus de cinquante organisations paysannes et vingt prestataires de service en gestion de parcelles, en production de semences, etc.

Améliorer les savoir-faire traditionnels par l’innovation

L’équipe soutient le développement d’innovations agricoles visant à améliorer la productivité et la disponibilité de produits alimentaires commercialisables. Elle met en relation les organisations paysannes entre elles et avec d’autres acteurs (universités, centres de recherche, secteur public, etc.), pour développer des solutions à des problèmes collectivement identifiés, pour lesquels aucune « solution locale » n’a encore été trouvée. Une innovation paysanne locale a ainsi été développée pour la production d’igname, aliment de base en Haïti. Les équipes ont constaté que la productivité de certaines variétés pouvait être optimisée grâce à un meilleur tuteurage permettant une exposition solaire accrue. Par ailleurs, des tuteurs étaient achetés à l’extérieur : une dépense qui pèse dans un budget déjà très serré et une source de déforestation accélérée. Les organisations paysannes ont donc été accompagnées dans la mise en place de lots boisés collectifs permettant de fournir aux paysans-membres des tuteurs vivants, mais aussi de générer des revenus grâce à la revente des surplus récoltés. Ces lots boisés procurent aussi d’autres bénéfices : ils protègent les sols, maintiennent le couvert arboré et servent de brise-vent. Viser l’inclusivité des jeunes et des femmes En milieu rural haïtien, la vulnérabilité sociale touche particulièrement les femmes, qui pourtant jouent un rôle primordial dans la production agricole du pays. Le faible accès à l'éducation, à l'information et aux moyens d'amélioration de leurs techniques de production limite la performance de leurs exploitations. Le projet prévoit des ateliers mixtes de sensibilisation sur le genre et la mise en place d’un programme d’alphabétisation dans trente-cinq centres de formation afin d'aider des organisations féminines à réduire les barrières qui excluent et limitent l'accès des groupes les plus vulnérables aux services agricoles. 4 170 femmes et jeunes analphabètes ont ainsi pu se repositionner au sein des organysannes, dont ils sont membres.

Passer les innovations à l’échelle, créer du dialogue

Grâce aux succès déjà rencontrés sur le terrain, les équipes d’AVSF visent, d’ici juillet 2022, à réussir la diffusion d’autres innovations à plus grande échelle, et notamment à destination des familles paysannes les plus précaires. La constitution d’une plateforme d’innovation multi-acteurs, permettra d’inclure les organisations paysannes et d’assurer une représentativité des plus vulnérables et de leurs représentants. L’enjeu : qu’ils puissent être entendus dans leurs besoins fondamentaux et que les acteurs institutionnels, techniques et de la recherche coopèrent et agissent avec eux pour des innovations agricoles ciblées qui leur permettent un avenir meilleur.