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Cambodge : l'extrême pauvreté est-elle inéluctable ?

AVSF intervient depuis plus de 25 ans au Cambodge pour venir en aide à des familles paysannes « classées » parmi les plus pauvres du pays.

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Au Cambodge, la situation de chaque famille paysanne est classée et identifiée selon des critères qui se veulent précis et pragmatiques : état de l’habitat, accès à l’eau, à l’éducation, ou encore terres disponibles au regard du nombre de bouches à nourrir. Des enquêteurs issus du service public ou de coopération interrogent et enregistrent leurs observations qui permettent l’établissement d’un classement final des familles touchées par l’exclusion et la marginalité. Les « identity poor 1 » (traduire par « identifiant pauvre de catégorie 1 »), sont ainsi les plus pauvres et la cible privilégiée de nombreux projets. 

L’histoire de Mme Tho Ry

Avant 2010, Mme Tho Ry faisait partie de ces ID poor 1. Abandonnée par son mari, elle est tombée du jour au lendemain dans une totale précarité, incapable de subvenir à ses besoins et ceux de son jeune fils. Pour s’alimenter et survivre, elle part travailler à l’extérieur et lorsqu’elle rentre le soir, il lui est impossible de s’occuper de la rizière familiale qui lui reste. En 2010, AVSF met alors en place le projet « Komrong Sahakar » qui vise à renforcer les capacités d’organisations paysannes et d’institutions locales pour un soutien durable aux activités de sécurité alimentaire des familles rurales les plus pauvres. Lorsque le projet démarre dans son village, Mme Tho Ry reçoit quatre poules et un coq et bénéficie également d’une formation pour initier une activité de production maraîchère.
Dans le même temps, un puit de pompage est installé et une latrine construite à côté de sa maison. Grâce aux revenus de ce petit élevage et à la vente de légumes, elle parvient à reconquérir peu à peu son indépendance économique et peut acheter des aliments et produits de base. Enfin et surtout, insistera-t-elle deux années plus tard, « j’ai pu rescolariser mon enfant ». Peu à peu, les revenus de la vente de poulets lui permettent de louer la pompe pour irriguer sa rizière. Elle se consacre de nouveau au travail de la terre et gagne totalement son indépendance alimentaire. « Je renais » finira-t-elle par dire. En 2021, la situation économique de Mme Tho RY continue de s’améliorer : ses activités agricoles et d’élevage lui ont permis de financer la poursuite de la scolarité de son enfant. Elle a aujourd’hui dépassé les "niveaux de pauvreté 1 et 2", la sortant ainsi "officiellement" des critères de la grande pauvreté.

Réinsérer les plus précaires dans un tissu socio-économique local

Quatre poules et un coq ont ainsi permis à une femme précaire de se réinsérer dans la vie socio-économique. Si depuis 2016, le Cambodge est devenu un pays à revenu intermédiaire, la grande pauvreté -elle- n’a pas encore été éradiquée en milieu rural. Les équipes d’AVSF poursuivent leurs actions en faveur des plus précaires : elles orientent désormais leurs appuis sur l’augmentation de la production animale et agricole en mettant l’accent sur les pratiques agroécologiques, et l’amélioration de la santé animale. Elles soutiennent également la création ou consolidation d’organisations paysannes pour la production et commercialisation de produits de qualité et/ou certifiés (biologique, appellation d’origine ou encore commerce équitable) pour répondre aux demandes des marchés locaux et internationaux. Autant d'activités qui s'adressent aujourd'hui à des familles ou à des femmes sorties de l'extrême pauvreté.