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DON PANCHO KUANTASH... OU LA FIERTE D'UN AWAJUN DEVENU CULTIVATEUR...



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DON PANCHO KUANTASH... OU LA FIERTE D'UN AWAJUN DEVENU CULTIVATEUR...

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29 novembre 2012 – 9h

Communauté de Santa Fe, District Cenepa

Mandaté par Cevelio, Don Pancho Kuantash, Apu de Santa Fe, est lui très heureux de nous accompagner aujourd'hui à travers la forêt et nous montrer ses plantations de cacao.  Nous avons repris la pirogue, traversé le fleuve et abordé sur l'autre rive. Il a plu toute la nuit, une pluie amazonienne qui a transformé les sols et les chemins de la forêt en sentiers de boue et véritables patinoires à glace. Ceux qui nous accompagnent se sont préparés et ont chaussé leurs bottes. Nous n'avons pas cette chance ... De jeunes Indiens nous accompagnent et nous guident au milieu de la forêt vierge. Ils sont nos anges-gardiens, veillent au bon positionnement de nos pieds, nous indiquent où ne pas poser nos mains, retiennent même la mienne au moment où, pour garder l'équilibre, je m'apprête à agripper par mégarde une branche couvertes de terrifiantes épines. Ils sont nos yeux pour décrypter les dangers, petits et grands de cette forêt, entre fourmis géantes, serpents pas vraiment inoffensifs nous dit-on, arbres ou plantes vénéneuses ...

Au milieu d'une trouée dans la forêt, la plantation de cacao de Don Kantuash est magnifique : elle donne dit-il "plus de 1800 kg par hectare", un rendement fabuleux et peu commun, dû à la fertilité exceptionnelle de ses sols d'Amazonie jamais cultivés et régulièrement recouverts de sédiments lors de la crue de fleuve.  Edgardo lui-même est impressionné. En fin connaisseur et excellent technicien, il sait apprécier du beau cacao. Et en profitera même pour de manière pédagogique, comme si de rien n'était, prodiguer quelques conseils techniques.

"Quand vous taillez, vous pouvez utiliser de la cendre mélangé à de la sève de bananier ; c'est comme une colle, une pâte que vous pouvez placer sur la blessure de l'arbre pour éviter ainsi toute infestation de votre plant de cacao", glisse-t-il à de jeunes cultivateurs Awajun, qui semblent plus qu'attentifs à ses conseils.

Ce matin déjà, à Mama Yeque, alors que les représentants des communautés se levaient d'une nuit passée, comme à l'accoutumée, à même des planches ou sur des feuilles de bananiers, Edgardo avait pris son ordinateur et leur avait montré des photos de culture, séchage et traitement du cacao. Un résumé imagé de l'expérience que ce technicien aguerri et pragmatique a développé avec succès avec des coopératives de petits producteurs du Nord et du Centre du Pérou. Tous étaient attentifs, intrigués et passionnés, avec une réelle avidité d'apprendre sur la culture du cacao, le nouvel eldorado ...  

Oscar qui nous accompagne reste toujours discret. C'est pourtant bien lui qui a promu depuis quelques années le développement de cette culture de cacao et leur a déjà appris avec succès les pratiques de plantations, taille et récolte. Une modestie tout à son honneur.

La nature peut être ici dangereuse, mais elle est avant tout généreuse. Don Kantuash et ses enfants nous énoncent tous les produits qu'il tire de cette forêt : outre le cacao, des bananes, de l'igname, des naranjilla, du haricot, des citrouilles, de la patate douce, de la canne, un peu de maïs et une sorte de petites pommes de terre. Si l'on y rajoute les produits de la pêche et de la chasse, une variété impressionnante de produits alimentaires très diversifiés. Il nous fait gouter les différentes fèves de cacao que nous apprécions. Mais en bon leader communautaire, Don Kantuash sait aussi parfaitement le message qu'il veut partager avec nous. Il n'attend que le moment propice. Tandis que je filme avec mon appareil photo ses explications sur sa parcelle de cacao, son ton devient vite solennel ....

"Amis coopérants qui êtes venus de France, vous avez fait un grand effort ; aucun coopérant n'était encore jamais venu jusqu'à notre chacra. Vous le savez ... beaucoup ont dit de nous que nous sommes fainéants. L'ancien Président nous a même traité de "pero hortelano" - chien enragé - ... Mais nous savons cultiver. Ce dont nous avons besoin, c'est de plus d'assistance technique, de conseils et d'accès aux marchés. Grâce à vous, nous ferons taire ces commerçants qui nous exploitent lorsqu'ils viennent chercher notre cacao sur leurs pirogues et tout ceux qui disent que les Awajun ne savent pas travailler. Je veux vous remercier encore pour votre présence parmi nous ..."