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LE MIRACLE DE LA ROUTE A MICHINEAU



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LE MIRACLE DE LA ROUTE A MICHINEAU

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Michineau – Cayes-Jacmel – Sud-est d'Haïti – Mai 2011

Le paysage est difficile. Sitôt passé le plateau de Cap Rouge, grâce à une piste cahotante considérée ici comme bonne, la nouvelle route plonge littéralement vers MICHINEAU.

MICHINEAU, c’est un des bouts du monde, dans le sud d’Haïti, depuis des siècles accessible seulement à pied, à pieds d’homme, de femme ou d’âne.

Aucun service, ici l’Etat est invisible, pas d’eau, pas d’électricité, pas d’école publique, de santé, de gendarmerie… MICHINEAU ne peut compter que sur lui-même, pour tenter de vivre.

Et « La » route est arrivée ce printemps, comme un miracle !

Comment adviennent les miracles ? et en particulier celui-ci ? Sont-ce les attentions du Président René Préval ou les invocations des candidats à sa succession qui ont ouvert cette route ? Sont-ce les esprits du vaudou qui ont efficacement chevauché ceux qui ont payé, ceux qui ont aidé, ceux qui ont tracé la route ? ou la Divine Providence ? qui sait ?

Qui sait ce qui leur a donné l’énergie nécessaire, à ces paysans, descendants des esclaves qui ont fui, du temps de Napoléon, les plantations de canne à sucre des plaines pour vivre libres, se réfugier dans les montagnes, les mornes, et s’y fixer ?

Une certitude pourtant : cette énergie, ils l’ont eue pour réussir à vivre depuis des générations dans ces hauteurs, ces pentes raides, ces pierres, ils l’ont eue aussi pour rêver ensemble à l’avenir de leur territoire et commencer à prendre en main son développement, se battre pour mobiliser des moyens. Faute d’Etat, c’est sur la coopération internationale qu’ils ont pris appui.

Leurs seuls biens matériels, ce sont de très modestes maisons, au moins celles que le séisme du 12 janvier 2010 n’a pas aplaties ; ils n’ont rien accumulé, ils n’ont aucun moyen d’investir. Marx, s’il avait poussé jusque MICHINEAU, et fait la découverte de ces prolétaires-là aurait pu constater qu’aucune « accumulation primitive de capital » ne leur a été possible.

Alors ? sur le conseil d’un prêtre de leurs amis, ils se sont rassemblés, ont créé il y a quelques années un premier groupement de paysans dans une des « habitations » de la commune, une des hameaux, dirait-on. Puis plusieurs autres. Avec le soutien de coopérants sur le terrain, des fonds apportés par des donateurs français, ils ont lancé des travaux de plantation de manguiers et d’eucalyptus, créé dans les pentes de minuscules parcelles retenues par de murets de pierres sèches. Il s’agit de retenir la terre que l’eau du ciel emporte chaque année avec furie vers la mer. Ils ont créé des bandes enherbées, pour fixer les ravines, sillons au flanc des mornes, qui plongent dans la pente.

Ils ont repris l’initiative, à la force des bras.

Et la route ?

Ils ont trouvé des fonds de coopération pour payer le bulldozer et les centaines de journées de travail des villageois qui ont empierré, du mieux qu’ils ont pu, la piste de 7 km, arrivée un matin jusque MICHINEAU. Sept kilomètres de raidillon, un miracle.

Et sans elle, nous dit Jean-Claude, leur porte-parole, on n’aurait pu transporter jusqu’à l’hôpital de Jacmel les personnes atteintes, en début d’année, du choléra, et elles n’auraient pas survécu.