Pour que les femmes et les hommes
vivent de la terre durablement

MONSIEUR G.



par

MONSIEUR G.

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Jacmel – Haïti – Mai 2011

Ni prêtre vodou, ni député, ni gourou d’on ne sait quelle société secrète, c’est, à sa manière, un personnage considérable. Il pèse, dans le Sud-Est d’Haïti.

On peut le voir, le dimanche, à l’ombre de sa terrasse, près de la mer, jouer paisiblement aux cartes.

Est-ce des cartes qu’il tire sa vision de l’avenir, celui des jeunes et des paysans de sa région ?

Comment lui et ses amis se sont-ils progressivement mis en mouvement, constitués en mouvement ? Comment, après le goudougoudou, le tremblement de terre qui a tué 300 000 personnes, - trois cents mille, qui peut se représenter cela ? - en ville mais aussi en campagne, comment ont-ils réagi ?

Cinq cents jeunes ont répondu à leur appel, et ils se sont mis à dénombrer les victimes, secourir les sinistrés, déblayer, aller chercher des semences pour que la saison agricole ne soit pas perdue, loger les personnes déplacées, revenues dans leur village après l’effondrement de la capitale. A ce moment, ils ont été l’Etat, ils ont commencé à refonder l’Etat.

Car ici l’Etat, confisqué par quelques-uns, est faible, absent, désespérant. Il maintient la population, hors ceux qui ont intégré la petite minorité de bourgeoisie ou émigré, c'est-à-dire presque tout le monde, dans une pauvreté crasse, et l’y enfonce.

Quand il vous écoute, Monsieur G. a un sourire radieux, bienveillant et légèrement moqueur, comme pour vous provoquer à vous expliquer.

Quand il parle, et il le fait volontiers s’il sent votre écoute, son sourire devient arme de conviction, ses traits, sous l’effet de la passion, se transforment, deviennent sévères, tendus, durs. Peut-être peut-il même alors passer, si l’on est de ses adversaires, pour méchant ?

Il faut changer l’Etat, explique-t-il, en commençant par créer des mouvements sociaux, par créer des conditions politiques nouvelles. Il y travaille depuis des années dans sa région.

En attendant plus.