Des travaux démontrent que la quantité et la qualité de l’alimentation disponible
sont étroitement liées à la santé des sols1.
Cet article s’appuie sur un entretien avec Brunilda Rafael, ancienne chargée de programme agroécologie et changement climatique chez AVSF, qui partage son analyse et son expérience de terrain sur ces enjeux.
Le sol, clé de fertilité menacée
Le sol n’est pas juste un support physique : il contient à lui seul un quart de la biodiversité de la planète ! Les organismes présents dans le sol contribuent au renouvellement de la structure du sol, décomposent les matières organiques et facilitent l’assimilation de nutriments minéraux disponibles pour les plantes. Certaines cultures étant très gourmandes, il est indispensable de fertiliser les sols, de les nourrir régulièrement, de leur « rendre » ce que les végétaux y ont puisé.
Or selon la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, 40 % des terres au niveau mondial sont désormais dégradées. En cause, l’agriculture productiviste, caractérisée par l’usage intensif d’engrais, d’herbicides et de pesticides, le labour profond, mais aussi la déforestation ou le surpâturage.
L’agroécologie, une solution pertinente
Outre la gestion durable des espaces pastoraux, l’agroécologie propose aujourd’hui des solutions pour contrer cette dégradation croissante des sols : associations de cultures, couverture permanente du sol, réduction de l’utilisation des produits chimiques, compostage, réduction du travail du sol et petite mécanisation, agroforesterie etc. Ces pratiques favorisent le développement de la biodiversité des organismes, la structuration des sols et les processus biologiques indispensables à leur bon fonctionnement, contribuant ainsi à la fertilité des sols agricoles à court et long terme. Elles ont également d’autres effets positifs, comme favoriser la présence ou le maintien d’espèces qui combattent naturellement les maladies des cultures ; contribuer à la régulation du cycle de l’eau, ou encore, lutter contre l’érosion en améliorant la porosité du sol. Enfin, elles renforcent l’adaptation des cultures au changement climatique, grâce aux dynamiques qu’elles favorisent dans l’écosystème du sol.
Pas de recette universelle mais des solutions adaptées à chaque territoire
La gestion de la santé des sols ne doit pas se limiter aux seules approches agronomiques. Avec et grâce à ses partenaires, AVSF est attentive aux particularités socio-territoriales régionales et locales et veille à valoriser les savoir-faire traditionnels afin d’apporter une expertise adaptée. Il n’y a pas de « recettes » pour améliorer la santé du sol. Il n’y a que des solutions « à la carte » identifiées et élaborées avec les producteurs d’un territoire.
De ce point de vue, renforcer les droits des paysans à la terre est également un facteur de bonne santé des sols. En effet, lorsque les paysans voient leurs droits sur le foncier respectés (sécurisation de la propriété, de droits de location ou de fermage sur le long terme, etc.), ils deviennent moteurs dans la protection de leurs parcelles et n’hésitent plus à investir du temps et des moyens.
Avec de vraies perspectives porteuses d’espoir !
Selon la FAO, les pratiques agroécologiques pourraient augmenter de 58 % les rendements des cultures au niveau mondial. Mais ce n’est pas tout : plusieurs travaux démontrent qu’il existe un rapport étroit entre la santé des sols et la qualité de l’alimentation. En effet, la santé et la fertilité du sol exercent une influence directe sur la teneur en nutriments des cultures et, par voie de conséquence, sur celle des animaux et des humains.
C’est pourquoi il est nécessaire de sensibiliser les décideurs politiques de tous pays aux limites du modèle agricole intensif et à l’ensemble des alternatives proposées par l’approche agroécologique. En s’appuyant sur ces retours d’expérience et les résultats des projets de terrain, AVSF milite pour que des actions et mesures incitatives ou réglementaires soient prises, au niveau national et international, pour lutter contre l’épuisement des sols. Car lutter contre cette dégradation croissante est une façon de plus de soutenir les communautés paysannes.
(1) Sources : article d’Agroleague : “Comment le carbone dans le sol impacte-t-il la qualité des aliments ?” publié en 2022 ; Christina Jones « Light Farming: Restoring carbon, organic nitrogen and biodiversity to agricultural soil”