Nyambuunyadmaa Dugarsuren : “J’ai eu l’honneur d’être reconnue comme héritière du patrimoine national”

Dans les pâturages de l’Arkhangai, Nyambuunyadmaa a construit sa vie autour des animaux et du lait. Devenue championne nationale de traite après plus de 40 ans de pratique, elle raconte un quotidien faitde travail, d’apprentissage et de transmission, rythmé par ses troupeaux et une relation construite au fil des années avec ses animaux.

Retrouver la campagne

« Je voulais aller à l’université après le lycée, mais ma famille n’en avait pas les moyens », se souvient Nyambuunyadmaa.

Très jeune, elle quitte ses rêves d’études et travaille en ville comme femme de ménage et vendeuse.

C’est son mariage qui la ramène à la campagne. Elle découvre alors un monde qu’elle ne connaît pas encore : l’élevage pastoral. « Au début, je ne savais rien de l’élevage, j’ai tout appris en travaillant avec mon mari et ma belle-famille », raconte-t- elle. Au fil des années, elle apprend à observer ses animaux, à
comprendre leurs besoins et à adapter ses gestes à leur rythme. Petit à petit, les troupeaux deviennent le cœur de son quotidien.

Des journées au rythme de la vie pastorale

À la campagne, les journées commencent tôt et finissent tard. « Je me lève vers 5 heures, je trais les yaks le matin, puis je transforme le lait. Le soir, je recommence », explique-t-elle.

La traite n’est pas seulement une étape de production : c’est un moment de proximité avec les animaux, qui demande patience, attention et connaissance.

Entre les animaux, la maison et les enfants, les journées laissent peu de répit. Ce rythme soutenu demande une présence constante. Mais avec le temps, cette organisation devient la base de son travail. C’est dans cette relation quotidienne avec ses animaux et dans cette connaissance fine du troupeau qu’elle développe son savoir-faire, jusqu’à être reconnue au niveau national comme championne de traite.

La transformation du lait et la reconnaissance des savoir-faire

Au fil du temps, Nyambuunyadmaa ne se contente plus de produire. Les années passées auprès de ses yaks et de ses vaches lui permettent d’affiner ses gestes, d’améliorer ses pratiques et de développer une connaissance approfondie de son troupeau.

Elle participe à des foires, des concours, d’abord dans son soum (district), puis à l’échelle de l’aïmag (province) et même à Oulan-Bator. « À mon premier salon, j’ai obtenu une médaille d’argent. Ensuite, j’ai continué à participer chaque année », dit-elle avec modestie.

Peu à peu, son travail est reconnu, mais ce qu’elle retient avant tout, c’est tout ce que ses animaux lui ont appris au fil des années, ainsi que les échanges avec les autres éleveuses autour de la traite.

Depuis 2005, elle s’engage au sein de l’Association des éleveurs de l’aïmag d’Arkhangai et participe à des projets portés avec AVSF Mongolie. Ces projets lui permettent de renforcer ses compétences, mais aussi de transmettre ses savoirs aux autres femmes éleveuses. Elle devient formatrice en transformation laitière et se rend dans plusieurs régions pour partager ses connaissances. « Aller former d’autres
femmes m’a beaucoup appris aussi »
, confie-t-elle. Pour elle, transmettre ne consiste pas seulement à partager des techniques de transformation du lait : c’est aussi transmettre une manière de vivre avec les animaux, de prendre soin d’eux et de valoriser les ressources qu’ils offrent.

Faire face aux défis du pastoralisme

Au fil des années, elle observe aussi des changements importants dans son environnement. Elle voit notamment évoluer l’équilibre fragile entre les troupeaux et les pâturages qui les nourrissent. Le nombre d’animaux a augmenté, tandis que les pâturages sont davantage sollicités, ce qui rend leur gestion plus complexe. Les conditions de travail deviennent plus difficiles, notamment lors des périodes climatiques extrêmes, qui fragilisent les troupeaux et obligent les éleveurs et éleveuses à s’adapter en permanence.

« Aujourd’hui, les pâturages ne suffisent plus comme avant », observe-t-elle. Pour elle, préserver l’avenir de l’élevage passe par une meilleure gestion de cette relation entre les animaux et leur milieu naturel. Elle encourage de nouvelles pratiques, comme la production de fourrage, pour préserver cet équilibre fragile.

Une histoire de transmission

Aujourd’hui, Nyambuunyadmaa vit avec son mari. Ses quatre enfants, tous diplômés, ont quitté les steppes mais continuent de l’aider dès que possible, et les petits-enfants viennent découvrir la vie pastorale pendant les vacances.

À travers eux, elle espère transmettre bien plus qu’un métier : une connaissance des animaux, des pâturages et des gestes qui font vivre l’élevage pastoral. Elle espère que l’un d’eux poursuivra un jour la tradition familiale. Au-delà des concours et des distinctions, c’est sa passion pour son métier d’éleveuse, cette relation intime et respectueuse qu’elle a nouée avec ses animaux et cette volonté de transmettre qui guident son parcours.

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