À 58 ans, Aka Marcelin regarde le chemin parcouru avec fierté. Parti de rien sur une parcelle familiale, il est devenu une référence locale en agroécologie grâce à sa curiosité, son travail et son attachement à la terre.
Le retour à la terre
À 58 ans, Aka Marcelin est père de quatre enfants. Son parcours prend un tournant lorsqu’il est licencié d’une entreprise de bananes. En 2011, il choisit de quitter le salariat pour devenir paysan et s’installer à M’Brimbo, village cacaoyer du sud de la Côte d’Ivoire, sur une parcelle héritée de son père. À son arrivée, tout est à faire.
Seul, il aménage un premier hectare et plante des bananes et du cacao. Les bananes lui apportent ses premiers revenus, tandis qu’il attend patiemment que les cacaoyers grandissent. Trois ans plus tard, les premiers bourgeons apparaissent.
Le déclic : produire différemment
Au fil des années, Aka Marcelin échange avec d’autres producteurs. Une remarque revient souvent : ses cacaoyers manquent d’entretien. C’est un déclic. Il comprend qu’il doit changer ses pratiques. Curieux d’apprendre, il observe les pratiques d’autres agriculteurs et découvre les techniques de taille qui permettent aux arbres de mieux se développer.
Ce déclic change sa manière de travailler. Il comprend que produire davantage ne dépend pas seulement de la superficie cultivée, mais aussi des pratiques mises en œuvre au quotidien.
Le Programme Équité : vers plus d’autonomie
L’accompagnement d’AVSF à travers le Programme Équité – co-porté par AVSF et Commerce Équitabke France – vient renforcer cette dynamique. Aka Marcelin participe à des formations et découvre la fabrication de bio-intrants, à partir de ressources locales : résidus de culture, bouses de vaches, micro organismes prélevés en litière forestière, etc. Avec l’appui de formateurs, il apprend à produire lui-même ses « médicaments » pour les plantes.
Cette nouvelle autonomie change son quotidien. Il n’a plus besoin de s’approvisionner en engrais et fabrique lui-même ce dont ses cultures ont besoin. « Je ne paie pas de médicament, je fais le médicament », résume-t-il simplement. Depuis cinq ans, il utilise ces bio-intrants sur ses parcelles. Cette autonomie lui permet de réduire ses dépenses tout en améliorant la santé de ses plantations et de ses sols.
Un producteur pionnier en agroécologie
Aujourd’hui, Aka Marcelin cultive trois hectares de cacao et d’hévéa. Il applique les pratiques agroécologiques apprises au fil des années et en observe les résultats : des cacaoyers plus résistants, notamment pendant la saison sèche, et des rendements en hausse.
Sa production atteint désormais jusqu’à trois tonnes de cacao par an. Une réussite qui attire l’attention d’autres producteurs. En voyant les résultats obtenus sur ses parcelles, plusieurs se sont inspirés de ses méthodes. Sans l’avoir cherché, Aka Marcelin est devenu une référence locale et un véritable pionnier de l’agroécologie dans son entourage.
Quand le cacao ouvre des horizons
L’augmentation des rendements a transformé son quotidien. En réduisant ses coûts de production, il améliore ses revenus et gagne en stabilité.
Grâce au cacao, il a pu financer la scolarité de ses enfants et leur offrir des perspectives qu’il n’a pas lui même connues. Son activité lui a également permis de voyager au Bénin et au Togo pour découvrir d’autres expériences agricoles.
« Là-bas, ils ne jettent rien, ils se servent de tout. C’est ça qui m’a plu », raconte-t-il.
Ces voyages ont renforcé sa conviction qu’il est possible de produire autrement, en prenant soin du sol, des plantes, de Aka Marcelin, producteur de cacao en Côte d’Ivoire l’environnement, et en valorisant les ressources naturellement disponibles autour de soi.
Une fierté de paysan
Aujourd’hui, Aka Marcelin revendique pleinement son métier. « Je dis à mes enfants que même si je ne suis pas allé à l’école et que je ne travaille pas en ville, grâce à mon cacao, j’ai pu voyager », explique-t-il.
Aka Marcelin connaît aussi les exigences du métier de paysan. Les longues journées de travail et les efforts constants qu’il a consacrés à sa terre l’amènent à souhaiter que ses enfants puissent choisir un autre chemin, moins difficile. Pourtant, il garde l’espoir que l’un d’eux reprenne un jour le flambeau familial. Car au-delà de la production de cacao, son exploitation représente un héritage construit au fil des années.
Debout au milieu des cacaoyers, il résume simplement son attachement à son activité : « Je travaille la terre et j’en suis fier. »