Interview : quelle complémentarité entre élevage paysan et agriculture durable ?

Entretien avec Claire Aubron, enseignante-chercheuse à l’Institut Agro Montpellier, spécialisée dans les systèmes d’élevage méditerranéens et tropicaux.

En quoi l’élevage paysan diffère-t-il de l’élevage industriel ?

L’élevage paysan repose principalement sur des ressources existantes au sein de l’exploitation, en particulier pour alimenter les animaux. Il diffère en ce sens de l’élevage industriel qui s’appuie sur des aliments achetés et d’autres intrants extérieurs, ainsi que sur un niveau d’équipement (bâtiments, machines, etc.) souvent élevé. L’élevage paysan renvoie aussi à une organisation sociale et économique, liée notamment à la mobilisation d’une main-d’œuvre essentiellement familiale pour conduire l’exploitation, là où l’élevage industriel recourt à des salariés.

Y a-t-il une différence dans le rapport des éleveurs à leurs animaux ? 

Il serait naïf d’affirmer que cette relation est par essence harmonieuse et exempte de violence dans les élevages dits « paysans ». Toutefois, on ne peut nier que les formes d’élevage qui se développent depuis le XXe siècle ont changé la donne.

Le nombre d’animaux, le confinement, le raccourcissement de la durée des cycles d’élevage ou encore l’utilisation d’équipements transforment la relation entre éleveur et animal et génèrent pour l’un comme pour l’autre des souffrances. Nous devons être collectivement responsables de la manière dont nous élevons les animaux et créer les conditions de relations qui, pour reprendre le philosophe Baptiste Morizot, rendent les éleveurs comme leurs animaux « plus vivants ».

Comment créer des liens entre élevage et agriculture qui soient bénéfiques à la production ?

Jusqu’au siècle dernier, qui a offert la possibilité d’un découplage entre ces deux activités, l’élevage était une nécessité technique pour l’agriculture dans bon nombre de régions du monde depuis l’antiquité, notamment en Europe.
Cette combinaison de l’élevage et des cultures passe par l’utilisation des déjections des animaux sur les parcelles cultivées (pour assurer le renouvellement de la fertilité via des transferts entre espaces pâturés et cultivés, disposer de matière organique dans les sols, recycler les nutriments…) ainsi que par la mobilisation de l’énergie animale pour les travaux des champs et le transport. L’alimentation des animaux est assurée par différentes ressources : espaces dédiés au pâturage, parcelles cultivées pâturées après récolte, résidus ou sous-produits des cultures (pailles, son…), cultures fourragères intégrées dans des rotations, etc. L’ensemble confère autonomie et résilience et limite les impacts environnementaux.

Quels freins peuvent rencontrer les agriculteurs pour mettre en place ces systèmes ?

Ces systèmes nécessitent que les agriculteurs aient accès aux ressources nécessaires à leur mise en place (foncier pour les cultures mais aussi pour alimenter les animaux, y compris espaces dédiés au pâturage ; équipements de traction attelée). Ils demandent par ailleurs souvent beaucoup de travail et de connaissances pour combiner les différentes activités, gérer les ressources, transporter les matières, etc. Pour cette raison, leur mise en concurrence avec des formes d’agriculture plus productives et spécialisées conduites à grande échelle à l’aide d’intrants et d’équipements, est une source de fragilité.

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