Au nord du Togo, 94 femmes transforment le karité en levier de développement local. Pendant cinq années, AVSF et son partenaire RAFIA les ont accompagnées en agissant à la fois sur les activités économiques et sur les relations sociales. Retour sur une action innovante qui vient de s’achever.
Sensibiliser pour lever les freins
Dans les villages de Tandjouaré, une des zones les plus pauvres de la région des Savanes, les femmes travaillent du matin au soir dans les champs, les élevages et les ateliers de transformation. Mais leurs actions sont souvent bridées : les initiatives portées par les femmes sont soumises à l’accord préalable de leur mari. Ce cadre freine leur autonomie et leur capacité à générer des revenus significatifs.
Au lancement du projet, leur participation à un groupement féminin nécessitait donc systématiquement une autorisation. Pour permettre une pleine participation et un accompagnement efficace des trois groupements féminins impliqués, les équipes du projet ont mené un important travail d’écoute et de sensibilisation auprès des communautés.
Causeries villageoises, émissions de radio locales et événements publics ont permis d’impliquer les hommes, la chefferie traditionnelle, les collectivités et l’administration, afin de faire évoluer les regards et le rôle des femmes dans le développement local.
Quels résultats ?
L’action menée s’est appuyée sur une activité centrale : la transformation du karité, une ressource locale essentielle, utilisée pour l’alimentation et la cosmétique traditionnelle, sous forme de beurre et d’huile.
Les effets du projet sont significatifs. Les revenus des femmes ont été multipliés par huit : chaque campagne, elles perçoivent désormais environ 15 000 francs CFA, contre 1 813 francs CFA en 2021. À l’échelle des groupements, tous ont pu accéder à des crédits auprès d’institutions de microfinance, avec un taux de remboursement de 100 %, et leur chiffre d’affaires a été multiplié par quatre.
Si l’accès individuel à la propriété foncière reste un enjeu majeur, les groupements ont également obtenu des parcelles communautaires pour développer leurs activités et planter des arbres à karité.
Des changements qui dépassent les coopératives
Ces gains ont eu des impacts directs sur la vie quotidienne. Par exemple, la fréquentation du centre de santé par les femmes a fortement progressé, signe d’une plus grande autonomie financière et décisionnelle.
Aujourd’hui, toutes les femmes membres des groupements peuvent participer aux activités collectives, grâce à un accord de principe des époux. Elles sont également passées d’une présence symbolique dans les instances de décision traditionnelles à une participation active aux échanges. Ces évolutions ouvrent la voie à de nouvelles initiatives portées par les femmes.
Cette action « Genre et développement » montre qu’en combinant développement économique et sensibilisation au genre, il est possible de faire évoluer progressivement les rapports sociaux. Si des défis persistent, notamment l’accès au foncier, les bases sont posées pour un développement plus inclusif et durable.
Ce projet a été réalisé grâce au soutien de l’Agence Française de Développement (AFD).