Fin 2025, le district de Pichari a accueilli la première rencontre entre femmes cultivatrices de cacao de la région VRAEM, au Pérou. Cette journée, organisée dans le cadre du projet VRAEM Durable, s’est ouverte sur un moment fort : la remise d’un Prix international à Sumaq Sunqu, une association de productrices de cacao qui inspire aujourd’hui tout un territoire.
Cette reconnaissance s’inscrit dans une histoire plus longue, celle d’un territoire en mutation. Dans la vallée des fleuves Apurímac, Ene et Mantaro (VRAEM), le cacao est bien plus qu’une culture agricole. Il est aujourd’hui au cœur d’un processus de reconversion productive et sociale, dans un territoire longtemps marqué par la culture de la feuille de coca, l’insécurité et la pauvreté rurale.
« Nous sommes celles qui protégeons nos semences et notre territoire »
Ce processus de transformation collective s’enracine dans des histoires individuelles. Si certaines femmes sont arrivées à la culture du cacao par le mariage ou la recherche de revenus complémentaires, d’autres, comme Nelia Soto Arroyo, sont « nées sous un cacaoyer ». Alors que ses frères et sœurs, comme de nombreux producteurs de la région, ont choisi la culture de la feuille de coca, Nelia décide en 2009 de relancer la production familiale de cacao. Huit ans plus tard, elle rejoint Sumaq Sunqu, une association de femmes productrices accompagnée par le projet VRAEM Durable, dont elle devient présidente. « Les champs et les femmes ne font qu’un. Nous sommes celles qui protégeons nos semences et notre territoire », affirme-t-elle.
Fin 2025, la coopérative Sumaq Sunqu a été récompensée par l’Agence française de Valorisation des Produits Agricoles au Salon du Chocolat de Paris, une reconnaissance internationale du travail des femmes cacaocultrices du VRAEM. Le prix a été remis à Nelia lors de la première rencontre des femmes cultivatrices de cacao, organisée en décembre 2025.
Elle partage alors un message puissant : « Je ne demande pas que l’on suive mon exemple. Marchons simplement ensemble, côte à côte, main dans la main, pour notre bien à toutes. » Un message qui a donné le ton de la journée.
Une journée sous le signe du dialogue
Présentes à presque toutes les étapes de la chaîne de valeur, les femmes produisent, récoltent, fermentent et transforment le cacao. Cette journée a offert aux participantes un espace d’écoute et de reconnaissance.
Karina Quispe, cacaocultrice à Santa Rosa, témoigne d’une contribution essentielle, pourtant peu visible : le suivi quotidien des plantations, indispensable à la qualité du cacao.
« Tous les jours, durant des mois, je vais voir les plants. On ne peut pas les laisser, il faut toujours vérifier qu’ils aillent bien. Ma journée commence à quatre heures du matin et se termine à dix heures du soir. Quand je ne suis pas à la parcelle, je m’occupe de ma famille. »
Karina et la cinquantaine d’autres femmes présentes ont ainsi pu évoquer leurs difficultés quotidiennes : entre surcharge de travail et partage inéquitable des tâches domestiques, familiales et productives.
Former pour faire évoluer les rapports de pouvoir
Certaines participantes, comme Karina, expliquent aussi comment la situation évolue peu à peu grâce aux formations suivies via “l’École de femmes leaders” : « J’ai appris que ce n’est pas demander de l’aide, mais partager le travail. Depuis que j’ai participé à des ateliers de leadership féminin, les choses ont changé à la maison. »
Dans le VRAEM, la participation des femmes est souvent peu visible, et les espaces de décision restent majoritairement masculins. Avec la création de cette école en 2020, les femmes disposent pour la première fois d’un espace collectif pour partager leurs préoccupations et formuler des propositions à leurs communautés pour une gestion durable du territoire.
Le projet VRAEM Durable a renforcé cette dynamique avec une seconde promotion de femmes formées au sein de l’école. Des avancées commencent à se traduire concrètement dans la gouvernance locale : plusieurs instances de concertation sur le cacao et le café sont désormais présidées par des femmes, de plus en plus reconnues pour leurs compétences et leur légitimité.
Grâce à cette rencontre et cette reconnaissance internationale, ce sont avant tout des trajectoires de femmes, longtemps restées dans l’ombre, qui trouvent aujourd’hui leur place dans la transformation du VRAEM. En cultivant le cacao, elles cultivent aussi leur autonomie, leur voix et une vision collective et durable de leur territoire. Elles prouvent que, dans cette vallée, les femmes et les champs ne font qu’un.