
Romain Valleur, responsable du pôle filières
Face aux crises alimentaires, économiques et climatiques, les circuits courts ne sont pas une solution marginale mais constituent un levier puissant pour transformer les systèmes agricoles.
Partout dans le monde, les agricultures paysannes sont fragilisées par des marchés instables, une forte dépendance aux intermédiaires pour la vente de leurs produits et une concurrence accrue pour l’accès au marché. Dans ce contexte, relocaliser les échanges alimentaires devient un enjeu central.
Les circuits courts, en réduisant le nombre d’intermédiaires entre producteurs et consommateurs, permettent de recréer du lien, mais aussi de redonner de la valeur au travail agricole et aux productions paysannes. Ils offrent une alternative concrète à des systèmes alimentaires souvent déconnectés des dynamiques locales de production.

Un levier pour des systèmes alimentaires plus justes
Pour AVSF, les circuits courts vont au-delà d’un mode de commercialisation. Ils participent à une transformation plus globale des systèmes alimentaires. En favorisant des prix plus équitables et des débouchés sécurisés, ils renforcent l’autonomie économique des organisations paysannes et des familles qui les constituent.
Ils contribuent également à améliorer l’accès des consommateurs à des produits locaux et de qualité, tout en soutenant des pratiques agricoles plus durables. Ils s’inscrivent ainsi pleinement dans les transitions agroécologiques, au cœur des enjeux actuels et futurs pour la protection de notre santé et de notre planète.
Mais le plus souvent, ces circuits courts ne se développent pas spontanément. Ils nécessitent un accompagnement dans la durée : structuration des organisations paysannes, renforcement de leurs connaissances des marchés, accès à des financements adaptés, meilleure valorisation de leurs produits…
Lever les freins pour changer d’échelle
Les expériences menées par AVSF montrent que le développement des circuits courts se heurte encore à divers obstacles : organisation insuffisante, difficultés d’accès direct au marché, et manque de visibilité auprès du public, etc. Sans une approche globale, ces initiatives peuvent donc rester limitées ou fragiles.
Pour les consolider, il est essentiel de diversifier les débouchés, de renforcer les capacités des organisations paysannes et de soutenir des politiques publiques favorables.
Dans cette perspective, les pouvoirs publics, à commencer par les collectivités territoriales, sont considérés comme des partenaires centraux. Leur rôle est clé, que ce soit pour soutenir les marchés de plein vent (mise à disposition d’espaces, logistique, promotion des marchés) ou pour prioriser leurs achats en circuits courts. Cela suppose aussi de renforcer la capacité des organisations paysannes à porter un plaidoyer et à négocier des mesures qui leur soient favorables.
En Bolivie, leur mobilisation a par exemple permis d’obtenir la reconnaissance par l’État du Système Participatif de Garantie (SPG), un dispositif de certification agroécologique fondé sur la confiance et le contrôle collectif entre producteurs, consommateurs et pouvoirs publics.
Des liens forts entre producteurs, collectivités, entreprises et consommateurs sont indispensables au développement de systèmes alimentaires territorialisés et inclusifs.
Repenser l’alimentation
Au-delà de ces enjeux, les circuits courts posent une question fondamentale, celle de notre rapport à l’alimentation. Produire et consommer localement, c’est aussi faire le choix de soutenir des agricultures paysannes, de préserver les ressources naturelles et de renforcer les économies locales.
Pour AVSF, il ne s’agit pas d’opposer circuits courts et circuits longs, mais de rééquilibrer des systèmes alimentaires aujourd’hui largement dominés par des chaînes de valeur inéquitables contrôlées par l’agro-industrie.
Replacer les producteurs et productrices au cœur des échanges, reconnecter agriculture et alimentation, redonner du sens à ce que nous consommons : autant de conditions pour développer des systèmes alimentaires à la fois plus justes, durables et résilients.