La 54ème édition du Comité pour la sécurité alimentaire mondiale (CSA) s’ouvre à Rome avec la présentation du rapport L’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2026 (SOFI). Si celui-ci fait état d’une baisse de la faim chronique à l’échelle mondiale, il révèle aussi une aggravation de la faim aiguë. Pour AVSF et les organisations de la société civile, ces chiffres ne doivent pas masquer les limites des réponses proposées : les causes structurelles de la faim et le rôle de l’agroécologie restent largement ignorés.
Des progrès fragiles face à une faim qui persiste
Publié chaque année, le rapport SOFI évalue les progrès accomplis dans la lutte contre la faim, l’insécurité alimentaire et la malnutrition. Ses conclusions contribuent à orienter les politiques publiques, les financements et la coopération internationale.
L’édition 2026 met en évidence une évolution contrastée. En 2025, 645 millions de personnes ont souffert de la faim dans le monde, soit 7,8 % de la population mondiale et 14 millions de moins qu’en 2024. Mais cette baisse de la faim chronique ne doit pas faire oublier l’aggravation d’autres formes d’insécurité alimentaire.
Le rapport estime ainsi que 266 millions de personnes souffrent de faim aiguë, un chiffre en hausse constante depuis dix ans. Parmi elles, 45 millions sont touchées par la faim en raison du conflit au Moyen-Orient. On estime également que 2,1 milliards de personnes connaissent une insécurité alimentaire modérée ou grave, tandis que 2,7 milliards n’ont pas les moyens financiers d’accéder à une alimentation saine et diversifiée.
Si ces données rappellent l’ampleur du défi, pour AVSF et les membres de la société civile, les indicateurs mobilisés et les solutions mises en avant ne permettent pas de saisir pleinement les réalités des territoires ni de répondre aux causes profondes de la faim.
Le droit à l’alimentation ne se résume pas au pouvoir d’achat
Le SOFI 2026 évalue principalement l’accès à une alimentation saine selon son coût et son accessibilité financière, au risque de réduire la faim à un problème de marché. Pourtant, le droit à l’alimentation ne se limite pas à pouvoir acheter de la nourriture, il englobe aussi : la dignité, l’autonomie, l’accès à la terre et aux ressources, la durabilité des systèmes alimentaires locaux, la participation citoyenne et le pouvoir de décision des populations.
Les indicateurs internationaux doivent donc mieux prendre en compte les inégalités structurelles, les rapports de pouvoir, les enjeux de genre et les savoirs des communautés. Sans cela, les progrès affichés à l’échelle mondiale risquent de masquer la persistance de situations d’insécurité alimentaire dans de nombreux territoires.
Le pari excessif sur le commerce international, la technologie et l’agro-industrie
Pour AVSF et les organisations de la société civile, le rapport passe également à côté de plusieurs causes structurelles de la faim : la concentration des marchés, la spéculation financière et la dépendance alimentaire de nombreux pays du Sud.
Le recours accru au commerce international est notamment présenté comme un levier pour réguler les prix et améliorer l’accès à l’alimentation. Pourtant, la dépendance aux marchés mondiaux fragilise les systèmes alimentaires face aux crises économiques, géopolitiques et climatiques.
De même, les solutions proposées par le rapport (gains d’efficacité, bio-fortification, nouvelles technologies…) favorisent les modèles agro-industriels, au détriment des petits-es producteurs-ices.
La place accordée au secteur privé appelle également une vigilance particulière. Ses responsabilités doivent être clairement définies, notamment face aux conséquences de certaines pratiques de l’agrobusiness sur la santé publique, les droits des travailleurs, l’environnement et la capacité des communautés à maîtriser leurs territoires.
L’agroécologie, grande oubliée du rapport SOFI
Alors que le rapport privilégie des solutions technologiques pour plus de productivité, l’agroécologie reste absente des réponses mises en avant, alors même qu’elle est largement reconnue comme une solution clé pour la souveraineté alimentaire.
En s’appuyant sur les savoirs paysans, la diversification des productions, la préservation des ressources naturelles et le renforcement des organisations paysannes, l’agroécologie contribue à consolider l’autonomie des populations et leur capacité à faire face aux crises. Elle permet aussi de repenser les systèmes alimentaires à partir des besoins des territoires, plutôt que de les rendre toujours plus dépendants des marchés mondiaux et des intrants extérieurs.
Pour AVSF, la lutte contre la faim ne peut pas se limiter à améliorer l’accès financier à la nourriture ou à augmenter les volumes. Elle nécessite de combattre la faim à la racine : en luttant contre les inégalités qui fragilisent les populations, en renforçant leur pouvoir de décision et en soutenant des systèmes alimentaires fondés sur la souveraineté alimentaire et l’agroécologie paysanne.