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Mali : des bovins au secours de la forêt

La méthanisation des déjections bovines satisfait désormais un double besoin des familles rurales : l’énergie pour la cuisson des repas et la fertilisation des cultures agricoles.

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Dans les zones rurales du Sud du Mali, les besoins en bois pour le chauffage et la cuisson augmentent tandis que la ressource se raréfie et que le temps de collecte s’allonge (en moyenne 3.5km par jour à parcourir). Depuis 2010, AVSF teste la méthanisation des déjections de bovins dans les bassins laitiers des Cercles de Kita et Bougouni comme une alternative au bois de cuisson. Avec un triple objectif : diminuer la pression sur la ressource forestière, limiter les émissions de gaz à effets de serre, et diminuer la pénibilité du travail des femmes. Des étables ayant été mises en place pour favoriser la production laitière, les déjections animales pouvaient être converties en biogaz et en fertilisants organiques, grâce à l’installation de biodigesteurs.

Déjà 650 biodigesteurs pour chauffer et fertiliser…

AVSF et l’organisation partenaire locale ont identifié les villages, organisé les missions d’expertise et suivi la mise en œuvre et la maintenance des 108 premiers biodigesteurs installés dans la zone en 2014 et 2015. Le plus petit modèle (capacité de production : 4 m3 de biogaz/jour) a été privilégié pour s’adapter au petit nombre d’animaux en stabulation. Le principe est simple : le mélange de déjections de vache et d’eau qui entre au quotidien dans le réservoir du biodigesteur se transforme en biogaz dans une cuve enterrée, reliée par un tuyau directement au foyer de cuisson. De cette fermentation naît aussi un fumier - le digestat - récupéré dans le réservoir de sortie, qui sert d’engrais pour les cultures. Aujourd’hui, les zones de Kita et Bougouni comptent près de 650 biodigesteurs et les maçons ont acquis une réelle expertise de leur construction.

Un défi : l’apport régulier de matière organique

Les deux tiers seulement des animaux étant sédentaires, la production de fumier s’est parfois avérée insuffisante. La deuxième phase du projet, qui s’est déroulée sur les deux dernières années, a donc consisté à sédentariser une partie des élevages familiaux pour garantir la présence régulière d’animaux dans les étables, réduire la distance de transport des déjections jusqu’au biodigesteur, et produire le digestat nécessaire pour fertiliser les cultures.

Des résultats flagrants sur l’environnement et les cultures

Au-delà du gain de temps pour les femmes (3 heures en moyenne du fait de la réduction de la collecte du bois de cuisson et d’une cuisson plus rapide des aliments-  temps qu’elles peuvent désormais consacrer au maraîchage ou à diverses activités sociales locales), environnement et cultures ont aussi bénéficié de ces équipements.
Dans les foyers équipés de biodigesteurs, la coupe de bois s’est réduite de plus de moitié, limitant de fait la déforestation et les gaz à effet de serre issus de la combustion du bois. Le digestat a aussi amélioré les rendements agricoles et la fertilité des sols : les tests réalisés dans le cadre du projet sur le maïs, le coton et le sorgho à Bougouni et à Kita montrent une augmentation des rendements de 30% par hectare (de 1 à 1,3 tonnes) et une baisse notoire de l’utilisation d’engrais chimiques. Et les populations le confirment au quotidien : « Les parcelles dans lesquelles cette fumure est utilisée sont totalement différentes du reste des champs : les plantes sont plus vertes et le sol change de texture ». Le projet a donc eu un impact significatif à la fois sur l’environnement et les conditions de vie des populations bénéficiaires.