Interview : quel lien entre agriculture paysanne et préservation de la biodiversité ?

Qu’entend-on exactement par « biodiversité » ?

Ce terme désignait initialement la diversité biologique, c’est-à-dire la multiplicité des formes vivantes en un lieu donné. Par extension, il désigne non seulement l’ensemble des espèces présentes dans tous les écosystèmes mondiaux, mais également les interrelations entre ces espèces au sein de chaque écosystème. En somme, la biodiversité mesure la richesse du monde vivant.

Qu’est-ce qui menace la biodiversité ? 

Nous vivons actuellement un effondrement rapide de la biodiversité, comparable aux cinq grandes extinctions connues au cours des ères géologiques. Cela signifie à la fois une baisse du nombre d’individus au sein d’une espèce donnée, et une disparition totale de certaines espèces. Une étude a établi que 80 % des insectes volants ont disparu d’Europe depuis trente ans : cela ne signifie pas que 80 % des espèces  se  sont  éteintes mais que les  populations globales ont chuté de 80 %. L’IPBES (groupe international d’experts sur la biodiversité) a identifié cinq causes principales à cet effondrement : la destruction des habitats, les espèces envahissantes, la pollution, le  changement climatique et la surexploitation des espèces. Notons que l’agriculture est impliquée dans trois causes sur cinq, majoritairement dans la pollution et la destruction des habitats, et notablement dans le changement climatique. 

Quel est le lien entre l’agroécologie paysanne et la biodiversité ? 

L’agriculture est à la fois un espace de biodiversité domestique et en relation avec la biodiversité sauvage. Tout d’abord, l’agriculture est par définition constituée d’organismes vivants, végétaux et animaux, qui forment une biodiversité domestique. L’agroécologie paysanne s’appuie sur une grande pluralité de races animales et de variétés végétales, notamment à travers la « sélection paysanne » c’est-à-dire la constante adaptation des races et des  variétés aux différents terroirs et à leur évolution climatique ou technique. Ensuite, toute agriculture est en relation avec le territoire rural dans lequel elle s’insère, et qui comporte une biodiversité sauvage (ou naturelle). Lorsqu’une forme d’agriculture emploie des pesticides à longue durée d’action, elle est néfaste à la biodiversité  sauvage. Lorsqu’elle est basée sur des champs uniformes d’une variété unique sur de grandes surfaces, elle appauvrit la biodiversité domestique mais elle réduit également la biodiversité sauvage car l’agrandissement conduit à détruire les haies, fossés, talus, murets, bosquets qui constituent des habitats pour les êtres vivants.

Quel rôle les paysans peuvent-ils jouer dans la préservation de la biodiversité ? 

Une agriculture paysanne, basée sur une multiplicité de variétés et de races, crée en son sein une biodiversité domestique, qui sert elle-même de « milieu de vie » pour de nombreux insectes, reptiles, petits  mammifères, puis  oiseaux, etc. Plus il y a de plantes différentes, plus les milieux de vie agricoles sont riches. Les paysans sont également bénéficiaires, car la sélection paysanne permet la résilience, c’est-à-dire l’adaptationconstante aux évolutions climatiques (notamment la sécheresse). Lorsque cette agriculture suit  en outre les principes de l’agriculture biologique, elle évite de détruire la biodiversité sauvage autour de la ferme. L’agroécologie paysanne considère les milieux naturels comme des alliés et non pas comme des  adversaires.  En effet, les haies, bois, marais, steppes ou landes abritent des animaux qui se nourrissent des parasites agricoles et qui réduisent donc leurs dégâts sur les cultures. En retour, les paysans préservent et même stimulent ces espaces naturels. La suppression des pesticides de  synthèse, la plantation de haies ou d’arbres isolés, la culture de plusieurs plantes distinctes simultanément sur la même parcelle, le pâturage des prairies par des herbivores avec une densité faible, sont quelques-unes des pratiques simples qui ont des effets importants.

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