
Pour les paysannes et paysans du monde entier, la terre représente bien plus qu’un moyen de production, elle est la vie, leur patrimoine, leur identité. Sans accès sécurisé à la terre et aux territoires, il n’y a ni agriculture paysanne, ni élevage durable, ni souveraineté alimentaire, ni protection des écosystèmes.
Notre collègue Sylvain Bleuze, coordinateur national d’AVSF en Équateur nous explique pourquoi et comment AVSF appuie les communautés rurales à revendiquer leur droit à la terre.
Des inégalités foncières persistantes
Partout dans le monde, celles et ceux qui nous nourrissent sont encore trop souvent privés d’un accès sûr et équitable à la terre et aux ressources. Accaparement des terres, expansion des monocultures d’exportation, insécurité, projets miniers ou extractivistes, urbanisation, vente de crédits carbone, cultures illicites : les pressions sur les territoires ruraux se multiplient.
En Colombie et en Équateur, où les agricultures paysannes représentent près de 60 % des exploitations agricoles, les communautés rurales continuent de faire face à des inégalités d’accès aux ressources et contrôlent moins de 20 % de la superficie agricole totale. Alors même qu’elles assurent l’essentiel de l’alimentation locale, leurs droits fonciers restent fragiles et les politiques publiques favorisent encore largement des modèles agricoles intensifs et extractivistes.
L’histoire de l’Europe montre que l’accès à la terre a longtemps été au cœur des luttes paysannes. En Équateur, cette bataille est loin d’être terminée : les inégalités foncières continuent de priver de nombreuses familles rurales de leurs droits et de leurs moyens d’existence. Les communautés Kichwas ainsi que les paysans et paysannes des hautes terres ont été repoussés vers des zones d’altitude, froides et peu productives, souvent situées sur les pentes. Ces déplacements ont limité leur autonomie économique et contribué à la dégradation des écosystèmes.
La terre est un droit
Face à cette réalité, les organisations paysannes revendiquent leurs droits. Le droit de vivre dignement de leur travail. Le droit de rester sur leurs terres et de la transmettre aux générations futures. Le droit de participer aux décisions qui façonnent l’avenir des territoires.
Car l’accès à la terre ne se réduit pas au seul enjeu économique. C’est une question de justice sociale, de démocratie et de pouvoir d’agir. Ce droit est reconnu dans l’article 17 de la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales, adoptée en 2018.
Pas de politiques agricoles durables sans les paysannes et les paysans
Chez AVSF, nous sommes convaincus qu’aucune politique agricole, alimentaire et environnementale efficace et durable ne peut être construite sans celles et ceux qui cultivent et défendent la terre au quotidien.
Depuis près de vingt ans en Colombie et plus de quarante ans en Équateur, nous accompagnons les organisations paysannes, autochtones et afro-descendantes pour qu’elles fassent entendre leur voix auprès des pouvoirs publics. Renforcement des organisations, production d’analyses, élaboration de propositions de lois, dialogue avec les institutions publiques : l’objectif est que les communautés rurales deviennent pleinement actrices des décisions qui les concernent.
Malgré un contexte difficile, cette mobilisation se poursuit. En Équateur, des organisations soutenues par AVSF défendent des réformes visant à limiter la concentration et l’accaparement des terres, reconnaître les territoires ancestraux et renforcer l’accès des femmes au foncier. En Colombie, elles contribuent à la construction d’une politique publique nationale en faveur de l’agroécologie.
Défendre ses terres, une lutte pour la reconnaissance
Les paysans et paysannes ne sont pas seulement des producteurs et productrices : ils sont des citoyens, des gardiens des territoires et des acteurs du changement. Leur combat pour la terre et leurs territoires est aussi un combat pour leur reconnaissance, leur dignité, le droit à la souveraineté alimentaire. Avec elles et eux, nous réaffirmons que la terre ne peut être réduite à une marchandise, mais est un bien commun à préserver.
En appuyant les communautés rurales à revendiquer leur droit à la terre, AVSF défend le droit des peuples à se nourrir, à vivre dignement et à entretenir le lien qui les unit à leur territoire.