Faute d’accord, les Directives du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) sur la construction de systèmes alimentaires résilients ne seront pas adoptées cette année. Pour AVSF, ce blocage révèle des reculs préoccupants sur les droits humains, la place de l’agroécologie et la participation des populations aux décisions qui concernent leur alimentation.
Les droits humains et l’agroécologie remis en cause
Après plusieurs mois de négociations, les États membres du CSA ne sont pas parvenus à s’accorder sur les Directives volontaires pour la construction de systèmes alimentaires résilients. Leur adoption, attendue lors de cette 54ème session à Rome, est reportée à 2027.
Tout au long des négociations, le Mécanisme de la société civile et des peuples autochtones (MSCPA), qui porte la voix des organisations de la société civile au sein du CSA, a dénoncé les tentatives de certains États membres, notamment l’Argentine, le Paraguay, l’Inde et les États-Unis, de remettre en question des formulations déjà convenues. Ces positions ont notamment visé à affaiblir les références aux droits humains et à restreindre les droits des peuples autochtones, en particulier leur droit au consentement libre, préalable et éclairé.
La place de l’agroécologie a également été la grande absente des débats. Les obligations du commerce international ont pris une place disproportionnée dans les discussions, au détriment des recommandations scientifiques et des besoins des populations.
Derrière ces débats se joue un choix politique qu’on ne peut ignorer : quels modèles agricoles et alimentaires voulons-nous soutenir ? Des systèmes dominés par les logiques industrielles et les intérêts commerciaux, ou des agricultures qui préservent les ressources naturelles, renforcent l’autonomie des paysannes et des paysans et contribuent à garantir le droit à l’alimentation ?
Une gouvernance alimentaire démocratique fragilisée
Au-delà de l’échec des négociations, c’est une offensive contre les droits des populations et les fondements mêmes d’une gouvernance alimentaire démocratique et inclusive qui se dessine. En contestant des acquis politiques et juridiques, certains États membres ont contribué à fragiliser les principes essentiels à la réalisation du droit à l’alimentation, tout en ignorant les voix et les expériences des personnes qui subissent directement les crises alimentaires.
Pour AVSF, engagée aux côtés des organisations paysannes et des acteurs locaux, la défense de systèmes alimentaires résilients ne peut se limiter à une approche économique ou commerciale. Elle suppose de reconnaître les droits des populations, de soutenir l’agroécologie paysanne et de renforcer leur capacité à décider de leur avenir alimentaire.
Poursuivre la mobilisation pour des systèmes alimentaires justes et durables
Face à ces blocages, AVSF et ses partenaires de la société civile réaffirment leur détermination à défendre des systèmes alimentaires fondés sur les droits humains, l’agroécologie, la justice sociale et la souveraineté des populations. Malgré un contexte international de plus en plus hostile au multilatéralisme, nous resterons mobilisés pour que la résilience des systèmes alimentaires ne soit pas réduite à une logique de marché, mais qu’elle soit pensée au service des peuples, de leurs droits et de leur capacité à construire des modèles agricoles et alimentaires plus justes et durables.