Partir des besoins, des aspirations et des savoirs des communautés : telle a été l’ambition du projet Nina Muyu, récemment achevé. Pendant deux ans, AVSF et son partenaire le Fonds équatorien Populorum Progressio (FEPP) ont accompagné près de 300 personnes des peuples Kichwa Kayambi et Karanki, en Équateur, afin de renforcer leur autonomie, leur organisation collective et leurs initiatives.
« L’objectif était que les personnes s’approprient chaque étape du projet afin d’en assurer la pérennité ». Cette phrase de Fernando Cevallos, coordinateur régional du FEPP, ne pourrait pas mieux résumer le principe fondateur du projet. À son démarrage, en 2024, les équipes d’AVSF et du FEPP ont dialogué avec les familles indigènes pour mieux connaître leurs besoins, leurs ressources, et leurs aspirations, afin de leur proposer l’accompagnement le plus adapté. « Après deux ans, nous constatons des résultats très positifs, les personnes se sont senties pleinement actrices du projet », continue-t-il.
Réhabiliter les pratiques agricoles ancestrales
« Avec l’arrivée de l’agriculture conventionnelle, nous avons abandonné nos connaissances et maintenant il nous faut regarder en arrière », explique Pedro Pupiales, paysan Karanki.
Dans les paysages andins du nord de l’Équateur, de nombreuses familles partagent le même constat : l’usage croissant d’intrants chimiques appauvrit les sols, réduit la biodiversité et fragilise les écosystèmes. Face aux limites de ce modèle agricole, plusieurs communautés choisissent de renouer avec des pratiques traditionnelles.
Pour Pedro Pupiales, cette réflexion remonte à plusieurs années. Convaincu que la santé des sols est étroitement liée à celle des familles et des communautés, il a profité du projet Nina Muyu pour expérimenter la réintroduction de micro-organismes dans ses cultures. Au-delà des techniques
apprises dans le cadre du projet, lui et son fils innovent et testent de nouvelles recettes sur des petites parties de parcelles. Deux ans plus tard, les résultats sont visibles : les rendements de l’orge augmentent, les graines sont plus grosses et les plants sont en meilleure santé. « Nous sommes heureux d’avoir découvert de nouvelles techniques, de sortir de cette agriculture conventionnelle et aussi de nous rendre compte que, finalement, nos grands-parents pratiquaient déjà certaines de ces méthodes mais qu’elles s’étaient perdues avec le temps », conclut Pedro.
Grâce à des initiatives comme celle-ci, les communautés redonnent vie à des savoirs ancestraux tout en recherchant un équilibre entre les êtres humains, les animaux et leur environnement. Le projet constitue un point d’appui pour des démarches déjà portées localement. Comme le souligne Tupac Gutatemal, paysan Karanki, le projet Nina Muyu a permis de renforcer des pratiques et d’atteindre des objectifs que de nombreuses familles poursuivaient déjà.
Préserver les semences, préserver une identité locale
De son côté, Wiliam Pupiales, voisin de Tupac et de Pedro, a lui vu dans le projet Nina Muyu une occasion d’être accompagné sur un autre enjeu central : la préservation des semences locales. Ce sont elles qui permettent aux communautés de conserver la maîtrise de leurs ressources agricoles, de maintenir la diversité des cultures et de préserver des espèces locales parfois menacées par l’expansion de cultures plus standardisées. Comme le souligne William : « Si nous récupérons ces espèces et variétés, nous récupérons également notre identité et notre sécurité alimentaire ».
L’implication de Wiliam dans le projet ne s’arrête pas là. Il a participé à la création, juste en face de chez lui, d’une bio-fabrique communautaire. Opérationnelle depuis septembre, elle accueille les familles alentour pour se former à la fabrication d’intrants biologiques à partir de ressources locales, et échanger sur leurs pratiques.
Plus largement, le projet Nina Muyu a également soutenu plusieurs initiatives entrepreneuriales et d’éco-tourisme, avec un même fil conducteur : valoriser les savoirs et les initiatives déjà présentes sur le territoire pour renforcer une économie locale et circulaire. Ces initiatives montrent qu’accompagner, c’est avant tout partir de ce qui existe déjà et donner aux communautés les moyens d’aller plus loin.