Madagascar : vers une utilisation correcte et prudente des médicaments vétérinaires 

Au coeur de la production malgache, la région du Vakinankarata est principalement reconnue pour sa production de fruits, de légumes et de lait. Malgré cette richesse, un paradoxe persiste : 97 % des denrées sont exportées vers d’autres régions, laissant le Vakinankarata confronté à d’importants défis de sécurité alimentaire et nutritionnelle. 

C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet SANUVA. En partenariat avec les ONG françaises Agrisud et APDRA, et l’association malgache GSDM, son objectif est de garantir une alimentation de qualité à plus de 8000 personnes, tout en réduisant l’utilisation des pesticides et des médicaments vétérinaires. 

Médicaments vétérinaires : quels sont les risques ?

Les conséquences d’un mauvais usage des médicaments vétérinaires peuvent être désastreuses, tant pour les éleveurs que pour les consommateurs et l’environnement. D’abord, une utilisation des médicaments peut entraîner une résistance aux traitements. En conséquence, leur efficacité diminue et la mortalité des animaux augmente, exerçant une pression directe sur les revenus des éleveurs.

En outre, le non-respect des délais d’attente entre le traitement et la consommation d’un aliment d’origine animale entraîne la présence de résidus de médicaments dans les denrées alimentaires qui ne sont pas sans impact sur la santé humaine : allergies, cancers, modification de la flore intestinale, etc. À Madagascar, ces problématiques sont bien présentes. Des études font état d’une présence élevée d’antibiotiques dans les viandes de porc, qui oscillerait entre 17 et 40 % selon les années et les régions. 

Enfin, les répercussions sur le plan environnemental ne sont pas en reste. L’utilisation abusive d’antiparasitaires contamine en effet les eaux comme les sols, induisant à terme une baisse de leur qualité et fertilité. 

Comment y remédier ?

Face à ces défis, le projet SANUVA déploie une série d’initiatives, guidées par une philosophie simple mais efficace : prévenir plutôt que guérir. En optimisant les conditions d’élevage, nous visons par exemple à réduire l’émergence et la propagation des maladies, ce qui se traduit par une diminution de l’utilisation des médicaments vétérinaires. Pour ce faire, nos équipes collaborent étroitement avec les familles paysannes pour améliorer les logements des animaux, leur alimentation et les normes d’hygiène. Nous encourageons ensuite la vaccination préventive et ne recommandons le traitement par médicament que lorsqu’il est absolument nécessaire. Pour appuyer les éleveurs et éleveuses et diffuser les bonnes pratiques, nous formons également des Agents de Proximité en Production et Santé Animale [APPSAI]. Leur formation est ancrée dans l’approche transdisciplinaire « One Health », qui promeut une vision holistique de la santé, pour améliorer de manière conjuguée les santés humaine, animale et environnementale.

Explorer des alternatives

La riche biodiversité de la région offre un potentiel important de remèdes alternatifs aux médicaments. Toutefois, naturel n’étant pas toujours synonyme d’inoffensif, un binôme d’étudiants franco-malgache à réalisé une étude rigoureuse pour identifier les plantes les plus adaptées pour les soins. Grâce à ces recherches, plusieurs remèdes ont été élaborés et seront prochainement diffusés sur le terrain.

En parallèle, notre partenaire Agrisud a mis au point diverses recettes de biofertilisants et de biopesticides, en vue de diffuser largement les plus efficaces et diminuer l’usage de pesticides de synthèse.

Comme l’explique Sabine Patricot, vétérinaire responsable du pôle élevage et santé animale chez AVSF, « travailler les volets médicaments vétérinaires et pesticides de concert est essentiel pour s’inscrire dans une démarche globale de transition agroécologique des exploitations et des territoires ». C’est dans cette perspective que s’inscrivait une formation dispensée par les équipes d’AVSF en novembre 2022 à Antsirabe, réunissant une trentaine d’acteurs locaux et de partenaires du projet. L’alternance de sessions en salle et de visites d’exploitations a permis de recueillir de précieuses informations sur les pratiques en viqueur et de stimuler des échanges fructueux.

Avec le projet SANUVA, AVSF et ses partenaires aspirent donc à élaborer avec les familles paysannes des solutions durables pour améliorer leurs rendements sur le long terme, tout en préservant leur santé et celle de la planète.

Projet(s)

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