Côte d’Ivoire : les biofabriques pour remplacer les intrants chimiques 

En Côte d’Ivoire, l’utilisation d’intrants chimiques pose des défis significatifs pour les producteurs et productrices de cacao et l’environnement. Les coopératives CAMAYE et SCEB, partenaires du Programme Équité, ont mis en place une solution prometteuse : les biofabriques. 

Pesticides et engrais chimiques entraînent leur lot de préjudices. Pour commencer, leur utilisation dégrade la qualité des sols sur le long terme, ce qui rend la terre moins fertile et diminue les rendements des cacaoculteurs. Ensuite, l’exposition prolongée à ces produits cause des problèmes de santé aux personnes qui les manipulent, allant de maladies de peau à des troubles respiratoires, voire des cancers. La santé de la planète n’est pas en reste. Les résidus de pesticides peuvent également entraîner une contamination des cours d’eau et un déclin de la biodiversité, perturbant ainsi les équilibres écologiques terrestres et aquatiques. Enfin, sur le plan économique, ces substances et les grandes entreprises qui les produisent enferment les paysans et paysannes dans un cercle de dépendance et leur imposent des coûts élevés, qui diminuent d’autant leurs maigres bénéfices. 

Des répulsifs et engrais oui, mais bio !

Face à ces enjeux, les biopesticides et biofertilisants apparaissent comme une solution prometteuse. Fabriquées à partir de ressources naturelles, plantes et minéraux, ces compositions sont biodégradables. En améliorant la santé et la fertilité des sols, leur utilisation peut permettre d’augmenter jusqu’à quatre fois les rendements des cacaoyers, comme en atteste une récente étude de l’institut de Recherche pour le Développement en Côte d’ivoire.

Cependant, leur fabrication peut s’avérer laborieuse et nécessite des connaissances techniques et un capital de départ qui font défaut à nombre de petits producteurs et productrices. Pour mutualiser les ressources et proposer à leurs membres des bio-intrants de qualité et en quantité suffisante, les coopératives CAMAYE et SCEB ont uni leurs forces pour construire et gérer leur propre biofabrique. Elles ont bénéficié pour cela de l’appui du Programme Équité, mené par AVSF et Commerce Équitable France, et de l’expertise des partenaires Éthiquable et Inades.

Une expérimentation qui porte ses fruits

La fabrication de bio-intrants est une pratique importée d’Amérique latine. Afin d’adapter ces pratiques au contexte ivoirien, des experts internationaux, dont latino-américains ont accompagné les coopératives dans un programme de recherche-action pour définir les compositions les plus efficaces de biofertilisants et biopesticides. Dix parcelles expérimentales ont permis de tester et évaluer leurs effets sur les rendements, la fertilité des sols et les maladies. Les résultats sont sans appel: moins de cabosses malades, des fèves de cacao plus grosses et de meilleure qualité, et des rendements plus importants.

Aka Marcellin, producteur, témoigne de l’impact de l’utilisation d’engrais bio, comme le bokashi: « ma plantation fait deux hectares. Avant, je ne récoltais qu’une seule tonne, mais désormais j’atteins presque les 3 tonnes de cacao. »

Diffuser ces pratiques

À date, plus de 80 producteurs et 15 techniciens, hommes et femmes, ont été formés et trois formations de formateurs ont été engagées pour pérenniser ces pratiques au-delà du projet. Un guide technique répertoriant les recettes les plus efficaces a été produit par nos partenaires Inades et Ethiquable, afin qu’elles soient accessibles au plus grand nombre. Face à ces très bons résultats, notre ambition est maintenant de créer une école de formation. 

Préservation des écosystèmes et de la biodiversité, amélioration des rendements comme de la qualité du cacao : les biofabriques représentent donc une réelle opportunité pour les petits producteurs et productrices ! L’enjeu des années à venir sera de les répliquer dans d’autres parties du pays et d’autres filières. 

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